Dominique Baudis, homme de médias, rattrapé par la politique (Le Monde)

Il est tombé dedans tout petit et, depuis, la politique ne l’a pas lâché. Alors qu’il coulait des jours plutôt tranquilles à l’Institut du monde arabe (IMA) depuis février 2007, Dominique Baudis, 64 ans, a accepté d’être nommé Défenseur des droits par le président de la République, Nicolas Sarkozy. Une fonction qui va l’obliger à remettre les mains dans le cambouis. Ce qui n’est certainement pas pour lui déplaire car la politique est, chez lui, une vieille passion.

Il l’a découverte dès l’enfance aux côtés de son père, Pierre Baudis, qui, en 1958, avec le retour du général de Gaulle au pouvoir, fut élu député (CNI), puis deux fois maire de Toulouse, jusqu’en 2001. Dès l’âge de onze ans, le jeune Baudis arpente la campagne, l’aide à coller des affiches et assiste aux réunions sous les préaux. Il s’en souvient comme d’un “western”, une alternative “à la grisaille et à la tristesse”de l’internat.

C’est donc naturellement qu’il s’inscrit à Sciences Po lorsqu’il “monte” à Paris. Ses jeudis, il les passe à l’Assemblée et le Journal officiel est son livre de chevet. Il connaît le nom de tous les députés et leurs circonscriptions. Dans ces années soixante, alors que ses copains sont fascinés par Mao et Trotski, il s’engage auprès de Jean Lecanuet, jeune député centriste aux idées européennes qui fera une campagne “à l’américaine” à la présidentielle de 1965. Dominique Baudis le choisit comme modèle, fonde les Jeunes Démocrates.

Mais il ne se lance pas tout de suite en politique. Il opte pour le journalisme. Coopérant à Beyrouth, il collabore à Radio Orient, devient correspondant de l’ORTF, se passionne pour l’Orient et couvre en 1975 la guerre du Liban.

De retour à Paris, il devient grand reporter à TF1 (alors publique) et s’impose comme le remplaçant des “barons” de la chaîne, Yves Mourousi ou Roger Gicquel, pour présenter les journaux télévisés. Lisse et sympathique, il est vite embauché par FR3 où il devient le présentateur des JT. “Le service public m’a appris une conception de la vie publique que j’ai ensuite scrupuleusement appliquée en politique : ne pas heurter les gens, chercher le consensus, respecter les convictions de chacun”, explique-t-il.

Mais, en 1981, avec l’élection de François Mitterrand, Dominique Baudis est mis au placard par les nouveaux dirigeants de la télévision nommés par le pouvoir socialiste. C’est le grand virage. Il “entre” en politique. Le virus ne l’avait d’ailleurs jamais quitté. Son père lui met le pied à l’étrier et décide d’en faire son successeur. Dominique Baudis part alors en campagne avec le précieux avantage d’être une “vedette” de la télévision. En 1983, à trente-six ans, il est élu, dès le premier tour, maire de la Ville rose avec 56 % des voix, à la tête d’une coalition de droite. Un score qu’il répétera à chaque élection pendant ses trois mandats.

VICTIME D’UNE MACHINATION

A la tête de la quatrième ville de France, avec Airbus comme fleuron, il se tient éloigné des états-majors politiques tout en restant fidèle à son camp. Il tentera toutefois de s’emparer, sans succès, du perchoir de l’Assemblée nationale en 1993, échouera comme tête de liste aux européennes de 1994 et s’associera aux rénovateurs de la droite, rentrés vite dans le rang.

Replié sur sa ville où il écrit plusieurs romans, il retouche un peu au journalisme en 2000 en tant que responsable éditorial du Figaro. Mais la politique le rattrape une nouvelle fois avec Jacques Chirac, dont il est un ardent partisan, qui le nomme en 2001 président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Poste sensible et somme toute politique, il utilisera tous ses talents de centriste pour prendre ses décisions. Pendant six ans, il arbitre et modèle le nouveau paysage audiovisuel avec le lancement de la télévision nationale terrestre (TNT), un de ses grands succès à la tête de l’institution.

En 2003, il est victime d’une machination. Deux prostituées toulousaines l’accusent d’être responsable de meurtres, viols et tortures avec la complicité du tueur en série Patrice Alègre. Après des mois de bataille judiciaire pour prouver son innocence, il sort totalement blanchi.

Daniel Psenny

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