“La gouvernance Arianespace est un échec” (La Tribune)

François Auque, PDG d’Astrium (groupe EADS), à la fois fournisseur et actionnaire d’Arianespace, estime que la composition de l’actionnariat du lanceur européen n’est plus tenable et doit être modifiée. “La gouvernance d’Arianespace est un échec collectif”, souligne le patron de la filiale espace d’EADS dans un entretien publié lundi par La Tribune. (L’interview porte essentiellement sur les changements envisagés au sein d’Astrium mais évoque également à sa fin le lanceur Européen). “C’est aussi un échec d’Arianespace de ne pas avoir permis aux différents Etats membres d’avoir une compréhension satisfaisante des fondamentaux économiques de la filière spatiale européenne”, a relevé M. Auque, qui dénonce régulièrement les renoncements de l’Europe dans ce domaine.

M. Auque souligne que son groupe “peut vivre” avec les deux options possibles pour la gouvernance future d’Arianespace: sa transformation en société publique appartenant à l’Agence spatiale européenne (ESA) ou la constitution d’un actionnariat purement privé avec un contrat ESA.

L’Interview de la Tribune

Après plusieurs échecs commerciaux, la filiale spatiale d’EADS veut transformer son organisation pour être plus efficace auprès de ses clients.

Pourquoi lancez-vous ce projet de transformation de l’organisation d’Astrium ?

L’une des règles d’un management efficace est de, périodiquement, remettre en cause tout ou partie de l’organisation d’une entreprise afin d’éliminer les mauvaises habitudes. C’est une règle managériale de bon sens. Parallèlement Astrium a l’honnêteté intellectuelle de reconnaître ses derniers échecs commerciaux [Galileo et Météosat de Troisième Génération, Ndlr] dans un contexte de tensions budgétaires en Europe. Ces échecs ont accéléré cette remise en cause, le client ayant toujours raison.

Que préconisez-vous ?

La future organisation devra mieux écouter les clients, nos équipes devront être plus proches d’eux et leur proposer les meilleures innovations avec un rapport qualité-prix imbattable. Ce qui est possible chez Astrium, compte tenu de l’étendue de sa richesse technologique et de ses 17.000 salariés qui nous ont exprimé le désir d’innover et d’entreprendre.

Comment allez-vous procéder ?

Nous avons décidé de confier la fabrication de ce plan de transformation aux salariés sous la responsabilité des trois patrons opérationnels [satellites, lanceurs, services, Ndlr], qui ont constitué des groupes de travail en partenariat avec les syndicats. Nous avons lancé une consultation interne, sans l’appui de consultants. Nous avons eu un maximum de participation, y compris des organisations syndicales qui ont joué le jeu.

Quelles actions correctrices allez-vous lancer ?

Astrium a l’objectif ambitieux de fonctionner comme une fédération de PME, chaque patron opérationnel devant être un entrepreneur. Dans ce cadre, nous voulons adapter notre organisation industrielle en regroupant les savoir-faire et les compétences « Prime » de chaque pays. Nous étions un peu trop dispersés. Deuxièmement, nous souhaitons simplifier notre organisation en réduisant les niveaux hiérarchiques et le poids des fonctions non productives, mais aussi en éliminant tous les processus inutiles. Troisième chantier, la gestion par anticipation des personnels et des talents. Enfin, dernier objectif, l’amélioration de la gestion de notre relation avec les clients.

Mais c’est un plan de réduction de coûts…

… Non, notre objectif numéro un n’est pas la réduction des coûts. C’est seulement l’une des conséquences. Nous voulons certes réduire la bureaucratie tout en orientant nos forces vers le productif, l’innovation et les clients. Nous faisons un nettoyage de tout ce qui est accessoire. Clairement, nous souhaitons améliorer notre fonctionnement.

Quel est le calendrier ?

Ce plan sur trois ans, baptisé « Agile » (Ambitious , Globaly growing, Innovative, Lean, Entrepreneurial) doit être prêt pour la fin 2010 et mis en oeuvre début 2011. Nous allons maintenant soumettre l’intégralité du plan pour avis aux partenaires sociaux.

Quel est le bilan d’Astrium en 2010 ?

Les prises de commandes Astrium, hors commandes exceptionnelles de lanceurs Ariane, est stable, à un niveau équivalent au chiffre d’affaires. Ce dernier sera équivalant à celui de 2009 [4,8 milliards d’euros, Ndlr] dans un environnement plus difficile.

Vous vous êtes très peu exprimé sur l’évolution capitalistique d’Arianespace. Que souhaitez-vous faire ?

La gouvernance d’Arianespace est un échec collectif. C’est aussi un échec d’Arianespace de ne pas avoir permis aux différents États membres d’avoir une compréhension satisfaisante des fondamentaux économiques de la filière spatiale européenne. Nous n’avons pas su leur expliquer alors que nous demandons aux États un soutien financier. Qu’Arianespace devienne une société publique appartenant à l’Agence spatiale européenne (ESA) ou qu’elle ait un actionnariat purement privé avec un contrat ESA, Astrium peut vivre avec les deux schémas.

[Propos recueillis par Michel Cabirol]

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