Epopée japonaise pour des grains célestes (Le Monde)

Jamais poussières n’étaient revenues de si loin. Ils ne pèsent que quelques millionièmes de grammes, mais ces 1 500 infimes grains minéraux ont été prélevés à plus de 300 millions de kilomètres de la Terre. Mardi 16 novembre, l’agence spatiale japonaise (JAXA) a annoncé que sa sonde Hayabusa avait réussi à arracher ces particules de la surface de l’astéroïde Itokawa, puis à les ramener sur Terre. Un des compartiments de la capsule, larguée par le vaisseau spatial, en juin, au-dessus de l’Australie, contenait cet infime trésor, identifié au télescope électronique comme de la matière extraterrestre.

Après les kilos de poussières rapportées de la Lune par les missions Apollo des Américains et celles, robotisées, des Soviétiques, après les particules de la queue de la comète Wild2, saisies par la sonde Stardust de la NASA, les Japonais, débutants de l’exploration spatiale, ont donc réussi pour la quatrième fois à ramener sur Terre des échantillons de matière céleste. En établissant, au passage, un record de distance et de difficultés.

Hayabusa a connu tant de revers que son succès final apparaît presque miraculeux. Très peu médiatisée par l’agence japonaise, comme intimidée par le nombre de premières qu’elle devait oser, la mission n’a été épargnée par aucune des péripéties qui transforment les expéditions spatiales en épopées. Après deux années de voyage, elle est arrivée en vue d’Itokawa, un astéroïde en forme de cacahuète biscornue, de 600 mètres de long, en 2005. Par deux fois, elle a tenté de plonger vers l’astre, comme le faucon dont elle porte le nom japonais, pour lui arracher un peu de matière.

Une dérive de deux années

Au premier essai, les techniciens ont perdu le contact avec la sonde pendant plusieurs heures. Ils ne se sont rendu compte qu’avec retard qu’Hayabusa s’était posée sur Itokawa pendant une demi-heure, au lieu de l’effleurer. Au second essai, les Japonais ont cru au succès, avant de réaliser que la manoeuvre de récupération n’avait pas marché. Le projectile, censé soulever les poussières vers un compartiment étanche, ne s’était pas déclenché.

Le dernier espoir était que les chocs entre le vaisseau et l’astéroïde aient pu lui permettre, par hasard, de récupérer quelques grains de surface. Et le gros problème était que ces collisions avaient laissé la sonde passablement amochée, désorientée par la perte de ses gyroscopes, secouée par de multiples vibrations, vidée par la fuite d’un de ses réservoirs crevés. Pendant deux ans, le vaisseau moribond a dérivé à proximité de l’astéroïde, avant que la JAXA en reprenne péniblement le contrôle pour le remettre sur la route de notre planète. Au cours de ce retour laborieux, Hayabusa n’aura pas été épargnée par une dernière panne de ses moteurs. Mais rien ne l’a empêché, avant de se désintégrer dans notre atmosphère, de larguer sur Terre la capsule dont le contenu vient de confirmer le fol espoir de ses concepteurs.

Jérôme Fenoglio

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