La déforestation marque le pas en Amazonie (Le Monde)

Le Brésil est-il en train de gagner son combat contre la déforestation de l’Amazonie ? Les chiffres définitifs publiés par l’Institut national pour la recherche spatiale (INPE), jeudi 29 avril, témoignent d’un ralentissement sans précédent de la déforestation depuis que des observations par satellites permettent de mesurer la disparition de la première forêt tropicale du monde : 7 464 km2 de forêt se sont évanouis sous le coup des tronçonneuses ou des incendies entre juillet 2008 et août 2009.

Ce chiffre reste considérable, mais il traduit cependant une baisse de 42 % par rapport aux douze mois précédents, amélioration visible dans les neuf Etats qui composent l’Amazonie légale, y compris au Para et au Mato Grosso, les deux “fronts” pionniers de l’élevage et de la culture du soja au Brésil. Il confirme une tendance quasi continue depuis 2004.

En gage supplémentaire de sa volonté de faire du Brésil un pays exemplaire, au moment où la communauté internationale discute d’un plan de protection des forêts tropicales dans le cadre des négociations sur le climat, le président Luiz Inacio Lula da Silva a annoncé, jeudi 6 mai, “un programme national pour la production durable d’huile de palme”.

Si le projet est approuvé par le Congrès, la culture du palmier à huile devra, en priorité, se déployer sur “des terres déjà dégradées” et les plantations seront interdites dans des régions où “la végétation est native, y compris en Amazonie”.

Le Brésil est jusqu’à présent absent du commerce de l’huile de palme, dominé par l’Indonésie et la Malaisie, qui gagnent leurs parts de marché en détruisant, précisément, leurs forêts. Le pays, qui prévoit de doubler, toutes essences d’arbres confondues, la superficie de ses plantations d’ici à 2020, cherche ainsi à se mettre, de façon préventive, à l’abri des critiques.

Car pour bénéficier des milliards de dollars promis par la communauté internationale, il faudra avoir bonne réputation.

Sur ce point, le géant d’Amérique latine devance jusqu’à présent largement tous les autres bénéficiaires potentiels. Personne ne conteste la fiabilité des résultats brandis par Luiz Inacio Lula da Silva. “Le gouvernement brésilien s’est engagé dans une démarche de transparence”, témoigne Pierre Couteron, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Le programme principal de télésurveillance Prodes (Legal Amazon Monitoring and Deforestation Project), lancé à la fin des années 1980, permet de scruter l’évolution des 4 millions de km2 de l’Amazonie légale. Depuis 2004, ce système a été renforcé par un dispositif d’alerte qui en livrant des images – si besoin quotidiennes – aux ingénieurs de l’INPE leur permet de repérer en temps réel les coupes laissées par l’ouverture de routes ou la création de pâturages et de champs. C’est en grande partie grâce à ces clichés que l’Institut brésilien pour l’environnement et les ressources naturelles (Ibama) et les forces de sécurité ont pu mener davantage d’opérations contre les défricheurs illégaux.

Le plan national contre le changement climatique adopté en 2008 fixe pour objectif de ramener le niveau de déforestation en dessous de 6 500 km2 en 2015, contre 19 500 km2 en moyenne par an entre 1996 et 2005. “Nous atteindrons notre objectif, et sans doute plus tôt que prévu”, assure la nouvelle ministre de l’environnement, Izabella Teixeira, qui a succédé, il y a à peine un mois, à Carlos Minc, démissionnaire pour pouvoir se présenter aux élections législatives d’octobre.

Interrogée par Le Monde, elle met en avant plusieurs raisons à ce succès. En premier lieu, “nous avons ciblé nos efforts sur les quarante-trois municipalités où se concentre plus de la moitié de la déforestation.” Un programme de régularisation des titres de propriété a été lancé et “dix mois plus tard, les chiffres montrent déjà une chute de 50 % à 80 % de la déforestation dans trente municipalités”, souligne Izabella Teixeira. Les banques publiques ont reçu l’ordre de ne plus prêter d’argent aux exploitants s’installant illégalement sur des terres. “Notre bilan montre qu’il est possible de croître économiquement sans favoriser la déforestation”, conclut la ministre.

Paulo Adario, le représentant de Greenpeace en Amazonie, ne partage certainement pas toutes les idées de Mme Teixeira sur le développement de l’Amazonie, mais il la rejoint sur l’essentiel : “Lula peut être fier de son bilan.” L’organisation écologiste peut, elle aussi, s’enorgueillir d’y avoir contribué, en ayant réussi, depuis 2006, à réunir tous les grands distributeurs de soja autour d’un moratoire interdisant le commerce de l’oléagineux provenant de régions d’Amazonie “fraîchement” déforestées, que ce soit avec ou sans autorisation.

Que se passera-t-il après le départ de M. Lula da Silva, dont le mandat s’achève à la fin de l’année ? Dilma Rousseff, sa dauphine au sein du Parti des travailleurs, incarne davantage une figure de la “vieille gauche” qu’une convertie à l’écologie. Le favori à l’élection, José Serra (centre gauche), est jusqu’à présent resté assez discret. Gouverneur de l’Etat de São Paulo, il s’est cependant engagé auprès de Greenpeace à interdire l’achat de bois illégal pour les commandes publiques et a décrété son Etat “ami de l’Amazonie”. Pour Paulo Adario, “c’est plutôt bon signe”.

Laurence Caramel
Article paru dans l’édition du 08.05.10.

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