Flou sur la stratégie et rôle du patron de Lagardère (Le Monde)

Stratégie floue, manque de visibilité, absence de capitaine : un temps calmées, les critiques reprennent autour du groupe Lagardère. Surtout depuis l’annonce, le 10 mars, d’un bénéfice 2009 en recul de 77 %. Et voilà qu’un financier franco-américain Guy Wyser-Pratte, détenteur de 0,53 % du capital, veut présenter une résolution visant à mettre fin au statut juridique de la commandite – il préserve le groupe familial de toute prise de contrôle – lors de l’assemblée générale du groupe comme l’a révélé le 25 mars L’Expansion.

Au coeur des contestations, le manque de résultats de la stratégie d’Arnaud Lagardère, dont le groupe est actionnaire du Monde. C’est l’édition, branche historique du groupe, et non les deux pôles médias et sport sur lequel il a décidé de se développer, qui sauve les meubles grâce à la saga des vampires Twilight, de Stephenie Meyer.

Les perspectives 2010 ne sont guère favorables. Le groupe va donc continuer de céder des activités à “croissance limitée”, ainsi que ses participations minoritaires dans EADS, Canal+, Amaury et le groupe Marie Claire. Le cours de Bourse est même revenu sous son niveau de mars 2003, quand le fils avait pris en catastrophe les rênes du groupe après la mort brutale de son père.

“Son absence conjuguée à des performances décevantes conduisent à une déstabilisation de fait”, estime un connaisseur du groupe. En 2007, les attaques étaient venues de l’extérieur. Une tentative de raid avait été sérieusement évoquée pour mettre fin à la structure de commandite. On reprochait déjà à M. Lagardère de préférer le tennis aux affaires. Et surtout de défaire ce que son père avait fait en voulant se séparer d’EADS. Le tout dans un groupe affaibli par des soupçons de délits d’initiés.

La situation a changé. M. Lagardère a conforté sa présence dans la holding et ses avocats ont réussi à ce que le groupe sorte blanchi de l’affaire EADS. Mais il semble toujours détaché de son groupe et de sa participation de 7,5 % dans EADS. A 49 ans, ce proche du président de la République, Nicolas Sarkozy, “son frère”, se fait très discret. Est-il parti vivre aux Etats-Unis, comme l’affirme la rumeur. “Il habite Paris, il participe au comité exécutif tous les mercredi matin et je prends chaque vendredi un petit-déjeuner avec lui en tête à tête”, affirme Dominique D’Hinnin, directeur financier. Il ajoute qu'”aucune décision significative n’est prise sans son accord préalable” et qu’Arnaud Lagardère “rencontre en général une fois par semaine chacun des patrons de branche”.

Autre changement qui nourrit les bruits sur son retrait, le renforcement des structures de direction. Le groupe passe de deux co-gérants (Pierre Leroy et Philippe Camus) à quatre : M. D’Hinnin vient d’être promu co-gérant en même temps que Thierry Funck-Brentano, chargé des ressources humaines et de la communication. “C’est une sorte de directoire qu’Arnaud a constitué autour de lui, mais cela ne veut pas dire qu’il se désengage, estime M. Camus. Au contraire, c’est lui qui décide et qui tranche.” S’il est moins visible, c’est qu'”il a tiré les leçons d’EADS et des déboires de l’A380, où il a été trop exposé”, ajoute-t-il, soulignant que les temps ont changé : “Aujourd’hui, avec les moyens de communication, on peut diriger de partout.”

Mais les quatre dirigeants qui entourent Arnaud Lagardère ont tous été recrutés par son père. Aucun ne l’a été par celui qui dirige pourtant le groupe depuis sept ans. “C’est lui qui a choisi quasiment tous les patrons opérationnels”, nuance son entourage. Le fait qu’il n’ait pas présenté les voeux pour 2010 alimente aussi la rumeur. “J’en suis un peu responsable ayant proposé de les supprimer, reconnaît M. d’Hinnin. A mon sens, ce n’était pas raisonnable en temps de crise alors que nous avons lancé des restructurations, et bloqué des salaires dans le pôle presse, de faire des fêtes et de manger des petits fours. Cette mesure a d’ailleurs été étendue à l’ensemble des séminaires internes organisés habituellement par le groupe, à l’exception d’un déjeuner réunissant plusieurs centaines de cadres du groupe autour d’Arnaud, qui, pour l’occasion, avait invité Dominique Strauss-Kahn (directeur général du Fonds monétaire international) à s’exprimer sur la situation économique mondiale.”

Comme dans tous les groupes de médias, la crise a aggravé la situation. “Les analystes contestent moins notre stratégie que notre portefeuille d’actifs”, tempère M. D’Hinnin. Pour lui, ce qui pollue l’image du groupe est de deux ordres. Tout d’abord, “cela fait des années que l’on évoque la possibilité de céder nos parts dans EADS et Canal+. Nous donnons l’impression d’hésiter alors que nous cherchons à bien valoriser nos parts”. De plus, “la récession depuis deux ans a accéléré un certain nombre de mouvements de désengagement que nous voulions faire, notamment dans la presse, et cela a mis en valeur la fragilité de certains de nos actifs en particulier du fait de leur exposition au cycle publicitaire ou à la révolution numérique”.

Le groupe Lagardère s’est retiré de la presse régionale, puis masculine, mais il a lancé un hebdomadaire féminin, Be. “Nous voulons nous concentrer sur nos métiers dans l’information, les livres, la radio et même le sport, explique M. Camus. Nous créons des contenus que nous valorisons en les distribuant le mieux possible sous des grandes marques, si possibles internationales.” M. Camus plaide que le groupe est “engagé dans une mutation à long terme”. Et que cette politique n’est “pas aussi visible qu’une grande acquisition”. “Mais si nous avions fait une acquisition dans ces temps de crise, tranche-t-il, nous serions morts aujourd’hui.”

Dominique Gallois
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DEUX DÉPARTS APRÈS LA DIFFUSION D’UNE RUMEUR SUR UN BLOG

Michael Amand, directeur des opérations de Newsweb, la filiale de Lagardère Active qui gère notamment les sites du Journal du dimanche (JDD) et de Paris Match, a été contraint à la démission, de même qu’un de ses collaborateurs, a annoncé la lettre d’information Presse News. Ces deux départs font suite à la publication, le 9 mars, sur le blog Actu Vidéo du JDD, d’un billet faisant état d’infidélités au sein du couple présidentiel. Ces rumeurs ont été démenties par Carla Bruni. Entre-temps, elles avaient été relayées par la presse internationale. Olivier Jay, directeur de la rédaction du JDD, justifie cette décision : “Notre journal a été victime d’un grave préjudice dans cette affaire : les rumeurs colportées sur le blog ont fait le tour du monde et ont été attribuées par la presse étrangère au JDD.”

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