Concorde: reconstitution en 3D pour douter de l’accusation (AP)

La bataille des experts est montée d’un cran, jeudi, lors du procès du crash du Concorde à Gonesse en 2000 devant le tribunal correctionnel de Pontoise (Val-d’Oise). La défense a proposé sa version à travers des croquis en 3D et un film d’animation où l’on voit le supersonique prendre feu avant de toucher la lamelle en titane tombée d’un DC-10 de Continental Airlines, qui, selon l’accusation, aurait provoqué l’incendie.

“C’est un travail qui aurait dû être fait par les experts français mais il n’y a rien eu de tout cela”, a expliqué Me Olivier Metzner, l’avocat de Continental Airlines. “Il nous faut, pour nous défendre, pour prouver que Continental n’est pas coupable, procéder à cet exercice qui a coûté extrêmement cher”. Le coût du film et des experts américains est estimé à 800.000 dollars (590.000 euros) par l’avocat de la compagnie américaine, qui assure que c’est “beaucoup moins” que ceux de la justice.

Me Metzner a jugé que cette reconstitution était “très importante pour la vérité, pour que les familles de victimes comprennent pourquoi certains membres de leur famille sont morts”.
David Mercaldi, un ingénieur mécanicien américain, spécialiste de reconstitution d’accidents, a expliqué à la barre sa méthode pour démontrer que le Concorde avait pris feu avant de toucher la lamelle incriminée. C’est avec 19 témoignages non-exploités par l’accusation de commandants de bord dans des avions et de pompiers présents près de la piste où le supersonique a décollé que la défense a réalisé cette reconstitution.

“Leur description du crash est différente en fonction de leur emplacement”, a dit le spécialiste américain. “Treize personnes ont vu de manière certaine le Concorde en feu avant de toucher la lamelle”, a renchéri Me Metzner.

Le film d’animation proposé montrait l’avion prendre feu à 700 mètres du lieu où il est censé touché la lamelle. On peut y voir une flamme prendre sous l’aile gauche du Concorde puis une grosse fumée noire et un Concorde qui décolle laissant sur la piste des résidus dont l’emplacement a été analysé par M. Mercaldi.

Selon M. Metzner, la justice “a uniquement pris des témoignages de commandants de bord d’Air France et tous datent du soir et du lendemain du crash”. “Le Concorde était exploité par Air France”, a-t-il accusé. “L’avion était surchargé, trop lourd. On dépassait les normes légales. Il y avait trop de bagages, tout cela était connu mais on a laissé le Concorde partir”, a ajouté l’avocat.

D’après l’accusation, une lamelle en titane perdue par un DC-10 de Continental Airlines aurait provoqué l’éclatement d’un pneu du supersonique d’Air France dont les débris en caoutchouc auraient perforé le réservoir insuffisamment protégé de l’avion en raison de défaillance dans le suivi de l’appareil. Ce que la compagnie américaine nie en affirmant que le Concorde était en feu avant de toucher la lamelle.

La compagnie américaine Continental Airlines et cinq personnes physiques comparaissent depuis le 2 février pour leur responsabilité présumée dans l’accident du 25 juillet 2000. Ce jour-là, quelques minutes après son décollage de Roissy, un Concorde affrété par Air France et à destination de New York s’écrasait sur un hôtel de Gonesse (Val d’Oise), faisant 113 morts.

Au rythme de trois puis quatre audiences par semaine, le procès devrait se terminer le 28 mai. AP

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