Les nouvelles frontières de la conquête spatiale (Echos)

Le coup d’arrêt donné à la Nasa par Barack Obama va entraîner de nouvelles alliances pour relancer l’exploration spatiale. L’administrateur de la Nasa Charles Bolden vit des moments difficiles. Comment répondre aux critiques qui fusent de toutes parts après l’arrêt du programme Constellation décidé par Barack Obama ? Les trois composantes de ce plan lancé par George W. Bush en 2004 sont rayées de la carte : soit le successeur des navettes spatiales (Ares 1), la capsule chargée de ramener les astronautes sur Terre (Orion), le lanceur lourd supposé transporter des hommes vers la Lune et Mars après 2020 (Ares 5). Le rapport du sénateur Norman Augustine publié l’été dernier annonçait pourtant clairement la couleur. L’ancien directeur exécutif de Lockheed Martin critiquait ce projet inspiré par les « gloires du passé ». Une première estimation chiffrait à 105 milliards de dollars (76 milliards d’euros) le coût d’un retour sur notre satellite. Le Congrès et le lobby spatial n’acceptent pas de gaîté de coeur cette perte de leadership. D’autant qu’en 2008 le candidat Obama avait repris à son compte le « rêve de retourner sur la Lune et d’aller sur Mars ».

La Nasa fait ses comptes

En réalité, cet abandon arrange tout le monde, à commencer par la Nasa. « Le projet était construit sur des technologies anciennes. Il ne pouvait pas être réalisé sans tout compromettre », a indiqué le conseiller scientifique du président américain, John Holdgren. Exit donc Constellation et voici venir le temps de l’espace « low cost ». Dans un délai de cinq ou six ans, la Nasa devra s’appuyer sur des entreprises comme Space X et Orbital Sciences pour rejoindre la station orbitale. Une enveloppe de 6 milliards de dollars est prévue pour « stimuler le privé ». Une autre solution associant le lanceur Atlas à une capsule inspirée d’Orion pourrait également voir le jour, autour du tandem Boeing-Lockheed Martin.

En attendant, il faudra se contenter du taxi russe Soyouz pour visiter la SSI. Un lanceur quinquagénaire qui possède 1.753 vols au compteur. La Nasa est rompue à ces soubresauts financiers et politiques. Avec un budget 2010 chiffré à 18,6 milliards de dollars et une probable rallonge à venir, elle n’est ni dans le besoin ni menacée.
Technologies banalisées

Dimanche, la navette Endeavour doit quitter le pas de tir 39A du Kennedy Space Center pour un 130 e vol. Elle emportera 6 astronautes américains et 2 composants assemblés en Europe par Thales Alenia : le module de jonction Tranquility et un poste d’observation qui va faire rêver tous les enfants du monde : la Cupola (lire ci-dessous). Mais, malgré quelques indéniables prouesses technologiques comme le laboratoire Colombus, les cargos ATV et le couple Tranquility-Cupola, l’Europe spatiale ne profitera pas de la baisse de régime des Etats-Unis. « Les budgets européens stagnent, alors que les Chinois et les Indiens accélèrent », remarque François Auque, PDG d’Astrium, la filiale d’EADS dédiée aux systèmes spatiaux. « L’Europe investit quatre fois moins que les Etats-Unis dans le spatial civil et vingt fois moins que dans le spatial miliaire », indiquent les parlementaires Christian Cabal et Henri Revol dans un récent rapport. Ce document s’inquiète aussi de la percée de deux outsiders aux dents longues. « La Chine et l’Inde démontrent chaque année leur maîtrise technique. Leurs ambitions englobent les vols habités et les programmes lunaires. »

En fait, les technologies spatiales sont désormais « proliférantes » (banalisées), et donc à la portée de nombreuses puissances disposant de la volonté politique et des budgets correspondants. « La Chine possède des ressources, des ambitions et du savoir-faire pour atteindre la Lune en 2020 », confirme Jean-Yves Le Gall, PDG d’Arianespace.

Selon le député Pierre Lasbordes (UMP), qui préside le groupe parlementaire de l’Espace au Parlement, le Vieux Continent souffre d’un « problème de gouvernance » qui ralentit les prises de décision et n’optimise pas les dépenses. Les budgets sont répartis entre l’Union européenne, l’Agence spatiale européenne (ESA) et les agences nationales. « C’est comme une fédération de nations. Il manque une unité de vue », indique l’élu de l’Essonne.

L’Europe, partenaire privilégié

Parmi les « quatre grands » (France, Allemagne, Italie, Espagne), l’entente n’est pas toujours cordiale. La France, moteur historique, doit régulièrement lâcher du lest face aux ambitions de ses voisins. L’Italie a ainsi obtenu la maîtrise d’oeuvre d’un petit lanceur (Vega) sûrement pas prioritaire. Les Allemands sont des alliés plus coriaces. Premier contributeur de l’ESA depuis l’an dernier, Berlin a obtenu ce qu’il voulait : « du business et des jobs ». « L’industrie spatiale allemande a la maîtrise d’oeuvre de 15 satellites institutionnels, contre 2 pour France. Le CNES ne semble plus jouer son rôle de support à l’industrie spatiale française », constate le syndicat CFE-CGC.

En fait, aucun pays, à part peut-être la Chine, n’a les moyens d’explorer seul les nouveaux territoires de la conquête spatiale. Dans ce contexte, de nouvelles alliances se préparent, et la prochaine visite en Europe de Charles Bolden sera sans doute déterminante. « La Nasa s’intéresse à la Chine, qui dispose de beaucoup d’argent, mais l’Europe reste son partenaire privilégié », juge Pierre Lasbordes. Le sommet franco-allemand qui se termine aujourd’hui va profiter de cette « ouverture très forte » de la Nasa. L’Europe va proposer à Washington de coopérer dans les lanceurs lourds, l’observation de la Terre et la surveillance du climat. « Un revirement complet », résume un proche du dossier.
ALAIN PEREZ, Les Echos

Le match ESA – Nasa

ESA
Le budget 2010 de l’Agence spatiale européenne (ESA) est de 3,744 milliards d’euros. Le montant consacré aux programmes scientifiques se monte à 409 millions d’euros et l’observation de la Terre reçoit 708 millions. Le budget vols habités atteint 330 millions d’euros, et l’enveloppe consacrée aux lanceurs 566 millions.

Nasa
Le budget prévisionnel de la Nasa pour 2010 est de 18,6 milliards de dollars (13,4 milliards d’euros). L’agence américaine consacrera cette année 3,1 milliards de dollars à l’entretien des trois navettes et 2,2 milliards à la station spatiale.
Le budget consacré aux sciences est fixé à 4,4 milliards dont 1,4 milliard pour les sciences de la Terre. Le montant consacré à l’exploration des planètes atteint 1,3 milliard.

ALAIN PEREZ, Les Echos

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