Obama ramène la Nasa sur Terre (Figaro)

Le président américain a proposé un changement de stratégie de la Nasa. L’objectif d’envoyer des astronautes sur la Lune d’ici à 2020 est abandonné. La coopération internationale va être développée.(avec réactions de Ms. Villain, Dordain, Le Gall et Chrétien)

Certains y voient le nouveau signe d’un «déclin de l’empire américain» au profit de la Chine et de l’Inde. D’autres un coup d’arrêt définitif au rêve de conquête spatiale. D’autres, enfin, une façon pour les États-Unis de reculer pour mieux décoller vers la Lune et surtout vers Mars dans le cadre d’un programme d’exploration, qui ne serait plus l’affaire d’un seul pays, si puissant soit-il, mais de l’humanité tout entière.

Une chose est sûre, «c’est la première fois depuis le lancement du programme Apollo par John F. Kennedy, il y a cinquante ans, qu’une telle rupture se produit», note Jacques Villain, membre de l’Académie de l’air et de l’espace, après la décision de Barack Obama d’annuler le programme Constellation, lancé il y a six ans par son prédécesseur, et qui prévoyait le retour des Américains vers la Lune en 2020 avant une expédition ultérieure vers Mars. «L’histoire retiendra que c’est un président démocrate qui a lancé la conquête de la Lune mais que c’est un autre président démocrate qui y a mis fin», poursuit ce spécialiste de l’histoire spatiale .

De fait, en présentant lundi soir à la presse, le projet de budget 2011 de la Nasa, Charlie Bolden, l’administrateur de l’agence spatiale américaine, a confirmé l’arrêt du développement des futurs lanceurs Ares 1 et Ares 5 mais aussi de la capsule habitable Orion, dont les coûts et le calendrier n’ont cessé de glisser. Depuis 2004, la Nasa y a englouti la bagatelle de 9 milliards de dollars sans être sûre de pouvoir retourner sur la Lune avant 2028-2030 selon les estimations de la commission Augustine, un panel d’experts sur lequel Barack Obama s’est appuyé pour prendre sa décision.

Pour l’heure, la priorité semble être donnée à des objectifs beaucoup plus proches, pour ne pas dire plus terre à terre, comme la lutte contre le changement climatique ou la Station spatiale internationale (ISS), dont le bail sera prolongé jusqu’en 2020. Une initiative saluée par Jean-Jacques Dordain, le directeur général de l’Agence spatiale européenne, pour qui «il serait totalement illusoire de bâtir un projet d’exploration spatiale cohérent sur un échec de l’ISS». Fruit de la coopération entre seize pays, ce gigantesque avant-poste orbital, qui aura coûté pas moins de 100 milliards de dollars, va permettre de mener, entre autres, des expériences indispensables pour tester la résistance du corps humain aux dures conditions de la vie dans l’espace (radiations, apesanteur…).

Nouvelle génération de fusées

Preuve que les vols habités restent malgré tout d’actualité, Charlie Bolden a annoncé qu’une part importante du budget de la Nasa, qui va augmenter de 6 milliards de dollars dans les cinq prochaines années, sera consacrée à la mise au point de nouveaux modes de transport et de propulsion «vers et depuis l’orbite basse» (300 kilomètres d’altitude) en faisant un large appel aux compagnies privées. «Imaginez que les voyages vers Mars ne durent plus que quelques semaines au lieu d’une année aujourd’hui», a-t-il déclaré en révélant que 500 millions de dollars seront affectés dès 2011 aux entreprises spatiales désireuses de développer une nouvelle génération de fusées capables de transporter des hommes dans l’espace en toute sécurité, d’ici à 2016.

Dans un premier temps, l’objectif sera d’assurer la desserte de l’ISS après le retrait des navettes prévu à la fin de l’année et de limiter la période pendant laquelle la Nasa dépendra uniquement des fusées russes Soyouz pour envoyer ses astronautes vers l’orbite basse. Ou de la fusée Ariane et de son ATV pour l’approvisionnement de l’ISS en vivres et en matériel.

Pour le PDG d’Arianespace, Jean-Yves Le Gall, «il s’agit d’un retour au bon sens. Les lanceurs comme Atlas 5 de Boeing et le Delta 4 de Lockheed Martin ont fait la preuve de leur fiabilité. Il ne reste plus qu’à les “humaniser” pour leur permettre de transporter aussi un équipage. Tout cela peut se faire très vite et à moindre coût ».

«Le recours au privé est incontournable», estime de son côté l’astronaute français Jean-Loup Chrétien, qui fait dans son livre Rêves d’étoiles (Éd. Alphée, 2009) un parallèle avec l’essor de l’aviation au début du XXe siècle. «S’il veut se développer, le spatial ne peut rester indéfiniment entre les mains des militaires ou des administrations.»

Reste à savoir si, le moment venu, les États-Unis reprendront, seuls ou dans le cadre d’un partenariat global, leur projet de conquête lunaire ou martienne. «Une fois que l’on a cassé une dynamique, vu les coûts, ce sera très difficile de redémarrer, estime Jacques Villain. D’autant que l’humanité préférera peut-être investir ces sommes dans l’environnement, le climat ou le social.»

Marc Mennessier

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