Vol AF 447: les boîtes noires sont obsolètes, plaide un ancien directeur de l’IATA

Que l’on retrouve ou pas les “boîtes noires”, la tragédie du vol AF447 doit démontrer que cette technologie est dépassée et peut être remplacée par la transmission des données par satellite en temps réel, assure le Canadien Pierre Jeanniot.

Il y a quarante ans, cet ancien directeur d’Air Canada puis de l’Association internationale du transport aérien (IATA, de 1993 à 2002) a été l’un des concepteurs des enregistreurs de vol.

“Aujourd’hui, je suis donc bien placé pour dire qu’elles sont obsolètes, parce que la technologie a évolué”, dit-il à l’AFP. “La transmission directe, depuis les avions, par satellite est beaucoup plus économique qu’elle ne l’était il y a dix ans. Il est maintenant possible de tout transmettre directement, pendant le vol, en cas de problème”.

Un système d’envoi automatique, par liaison satellite, des enregistrements de données des vols existe déjà, souligne-t-il, et devrait être généralisé. Cela permettrait, en cas d’accident, de tout récupérer en quelques clics de souris au lieu de partir à la recherche de boîtes noires endommagées dans les jungles ou au fond des mers.

“L’avion ne commencerait à émettre qu’à partir du moment où une anomalie intervient. Et on peut programmer le système pour qu’en cas d’anomalie grave, il émette non stop, toutes les données et les enregistrements des voix des pilotes… C’est assez simple”, ajoute-t-il.

“Quand vous calculez les coûts de recherche des boîtes noires au fond d’un océan, c’est phénoménal… Des milliers d’heures d’avions, d’hélicoptères, des bateaux. Cette fois, il y a même un sous-marin nucléaire au large du Brésil… Et au final, on peut ne pas avoir l’information”.

“Avec la transmission par satellite, on peut tout récupérer instantanément. On aurait pu savoir exactement où l’appareil s’est abîmé. Pour les familles, vous imaginez comme il est dur de rester des mois, parfois des années sans savoir ce qui s’est vraiment passé ?”

Comme les enregistrements ne se déclencheraient qu’en cas d’anomalie, l’immense majorité des vols ne transmettraient rien, donc ce système n’encombrerait pas les liaisons satellites et ne demanderait pas d’immenses capacités de stockage informatique, plaide Pierre Jeanniot.
“Une petite compagnie de Toronto, Starnav, a développé un système qui fait exactement ça”, dit-il. “Ce qu’il faut maintenant, c’est une volonté des compagnies aériennes, mais aussi des gouvernements. Chaque accident doit nous apprendre quelque chose”.

Interrogé par l’AFP, Gérard Arnoux, président du SPAF, un syndicat de pilotes d’Air France, estime que “cela me paraît tout à fait intelligent”.

“Cela ne pose aucun problème technique de transmettre les données du vol par satellite, d’ailleurs la plupart des avions, à part les plus anciens, le font déjà.”

Pour Christophe Pesenti, du syndicat de pilotes d’Air France Alter, “en théorie, cela serait très bien pour la sécurité des vols, mais il y a de gros problèmes de mise en oeuvre à prévoir”.

“Il faudra régler le problème de la confidentialité. Dans les boîtes noires, quand les vols se passent bien, tout reste dans les boîtes. Si vous avez l’enregistrement des voix des pilotes, qui racontent leurs vies ou parlent de choses et d’autres : comment traiter ces informations? Comment s’assurer que la compagnie n’y accède pas à volonté?”.
[Site FR24, Michel MOUTOT]

Advertisements
This entry was posted in aviation. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Please log in using one of these methods to post your comment:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s