Exclusif. Airbus s’explique sur le crash de l’A330 [Dépèche]

Airbus entend bien se défendre contre la rumeur. Hier, un article du Figaro assurait qu’Airbus n’excluait pas l’immobilisation de sa flotte d’A330 et d’A340 si l’enquête décelait un danger. L’avionneur européen a vivement réagi à cette hypothèse en la démentant. Un porte-parole a même ajouté : « Nous lancerons des actions en justice contre les articles irresponsables de ce genre ».

Après plusieurs jours d’investigations, les sondes de vitesse Pitot ne sont plus au centre d’incrimination d’Air France. Hier, Pierre-Henri Gourgeon, directeur général de la compagnie a déclaré : « Je ne suis pas convaincu que les sondes sont la cause de l’accident ». Le Bureau Enquêtes Analyses (BEA), chargé de l’enquête technique, restait tout aussi prudent. « On l’a déjà dit. Il n’y a encore aucun lien établi entre les sondes Pitot et les causes de l’accident », a déclaré sa porte-parole. Malgré des demandes répétées, le fabricant des sondes Pitot, Thalès, a encore refusé de faire le moindre commentaire.

Il n’empêche, principe de précaution oblige, la compagnie tricolore a poursuivi hier le remplacement des sondes de sa flotte d’A330 et A340. Contrairement à ce qu’a déclaré le syndicat minoritaire de pilotes, Spaf, leur échange peut se faire rapidement. « C’est l’affaire de trois heures. Pas besoin de mettre en œuvre une maintenance lourde » confie un proche du dossier. Air France avait annoncé que sa flotte aurait reçu les nouvelles sondes d’ici mardi prochain. On a par ailleurs appris hier qu’Air France avait reçu trois jours avant la catastrophe le lot de sondes Pitot qu’elle voulait installer sur ses appareils. Ce remplacement était censé réduire « les incidents à caractère non catastrophique », a expliqué le patron d’Air France.

Un article de presse assure qu’Airbus a réfléchi à clouer sa flotte d’A330 au sol. Est-ce vrai ?

Pour en arriver là, il faudrait suspendre le certificat de navigabilité de l’A330. Une telle décision est du ressort de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) et elle n’est pas du tout à l’ordre du jour. Faire croire ce genre de choses, c’est tout simplement irresponsable.

Pourquoi ne pas suspendre les vols en vertu du principe de précaution ?

Tout simplement parce qu’à ce stade de l’enquête, il n’y a aucun lien entre l’accident de l’avion d’Air France et une quelconque faiblesse de navigabilité de l’appareil.

Pourtant de nombreux clients d’Airbus ont décidé de changer d’eux-mêmes leurs sondes Pitot qui sont mises en cause…

Cette décision leur appartient et est souvent prise sous la pression des pilotes ou de l’opinion publique. Les données techniques recueillies lors des dernières minutes du vol AF447 mettent en évidence une incohérence des vitesses mesurées. Il faut maintenant en définir la cause.

Mais un tel dysfonctionnement est grave…

Ce sont des cas prévus dans les manuels de vol et les avions sont certifiés pour de telles circonstances. C’est pour cela que dans un premier temps, nous avons rappelé aux compagnies aériennes les procédures à appliquer si cet incident survient. Je le répète, le problème des sondes ne présage pas des causes réelles de l’accident.

Pouvez-vous garantir que les avions d’Airbus offrent toute la sécurité ?

Nos avions sont sûrs ! Nous le disons, l’EASA le dit et nos clients aussi. Ils étaient très récemment tous réunis à Kuala Lumpur et ils nous ont tous confirmé leur confiance dans l’A330. Plus que la presse, ce sont eux, à travers leurs pilotes, leurs personnels navigants commerciaux et leurs passagers, qui connaissent le plus intimement nos avions. Actuellement, 600 A330 sont en vol dans le monde entier. Ils ont effectué 13 millions d’heures de vol. Il s’agit du premier accident mortel d’un A330 en opération.

Allez-vous modifier les Pitot ?

Si l’enquête démontre leur faiblesse, alors nous prendrons toutes les mesures nécessaires. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas.

Où en est-on de l’enquête technique ?

Pour l’instant nous ne disposons que des messages automatiques de maintenance envoyés par l’avion. C’est la découverte des boîtes noires, actuellement recherchées, qui permettra de vraiment éclaircir ce qu’il s’est passé lors du vol d’Air France.

Quel rôle joue Airbus dans l’enquête du BEA ?

Nous sommes là pour apporter notre contribution au BEAen tant que constructeur. Nous disposons des moyens de simulation des paramètres de vol, mais c’est le BEA qui mène l’enquête et qui décide.

Certains estiment que l’enquête ne va pas assez vite…

Je crois que le BEA fait toute diligence dans son enquête. Le désir de comprendre ce qu’il s’est passé est légitime, surtout pour les familles des victimes. Mais il faut éviter que des journalistes cherchent à savoir ce qu’il s’est passé avant le BEA et avant l’Agence européenne de sécurité aérienne. Jouer avec des hypothèses de sécurité ou spéculer sur les causes de l’accident est irresponsable.

Saurons-nous un jour la vérité ?

Nous trouverons les raisons de cet accident quand nous retrouverons les boîtes noires. Le BEA jouit d’une reconnaissance mondiale et est souvent sollicité pour enquêter dans le monde entier. Ils sont les mieux placés pour découvrir la vérité.

Et si nous ne retrouvons pas les boîtes noires ?

Il faudra utiliser ce que nous avons, c’est-à-dire aussi les débris de l’appareil qui nous renseigneront. Airbus souhaite que des conclusions claires soient dégagées et communiquées aux familles des victimes.

Comment avez-vous réagi quand vous avez appris le crash ?

L’ensemble du personnel d’Airbus s’est associé à la peine et à la douleur des familles. Lors de la messe à Notre Dame, j’ai partagé ces moments de recueillement avec les familles des victimes et l’ensemble du personnel d’Air France. Chacun chez Airbus est concerné et nous sommes tous endeuillés par cet accident.

Une famille se porte partie civile
La famille d’une des victimes françaises de l’accident du vol AF 447 Rio de Janeiro-Paris s’est constituée partie civile dans l’information judiciaire ouverte à Paris, un acte qui lui permettra d’avoir accès au dossier d’enquête. A ce jour, il s’agit de la seule famille de victimes à avoir effectué cette démarche. Les familles de deux autres victimes ont par ailleurs déposé une plainte simple à Paris la semaine passée pour homicides involontaires sans toutefois s’être constituées parties civiles, selon une source judiciaire.

« toute la vérité n’a pas été dite »

L’avocate de la famille qui s’est constituée partie civile, Me Sophie Bottai, affirme que « certaines familles de victimes ont le sentiment que toute la vérité n’a pas été dite » et « constatent un filtrage manifeste de l’information ». « Il ne s’agit pas d’exiger aujourd’hui d’avoir des réponses définitives sur les causes de l’accident. On sait très bien qu’il va falloir analyser les débris de la carlingue, attendre les résultats de l’autopsie des corps, et voir ce que diront les boîtes noires, a-t-elle expliqué. Cela va prendre des mois, voire des années, a-t-elle prévenu.

« Ce que les familles veulent, c’est simplement avoir des réponses légitimes à leurs questions légitimes : par exemple, le dernier message de l’avion a été envoyé à 04h10 et jusqu’à 6h30 personne ne s’émeut de ne pas voir de nouvelle de l’équipage, pourquoi ? », a ajouté Maître Bottai.

Le parquet de Paris a ouvert le 5 juin une information judiciaire contre X pour homicides involontaires. L’enquête a été confiée à la juge d’instruction Sylvie Zimmerman. Les 228 personnes qui ont péri dans la catastrophe aérienne étaient de 32 nationalités. Parmi elles, il y avait 72 Français.

enquête au brésil

Des recherches jusqu’au 19 juin
Sur le terrain, les opérations de recherche des boîtes noires se poursuivent grâce à l’appui du sous-marin français émeraude, mais la remontée de corps et de débris de l’Airbus a marqué le pas. Hier soir, toutefois, la Marine brésilienne a annoncé avoir repêché trois nouveaux corps, portant à 44 le nombre de victimes du crash récupérées à ce jour.

Selon l’Ifremer, les signaux des boîtes noires n’ont une portée, sous l’eau, que d’environ 1 500 mètres. Or, dans la zone du crash, il y a entre 2500 et 3000 mètres de fond. Le Pentagone a envoyé deux instruments d’écoute («pingers »), des sonars qui peuvent détecter des signaux jusqu’à 6 000 mètres de profondeur. Ils sont placés au bout de câbles de plusieurs milliers de mètres de long tirés par un bateau. À cette fin, la France a affrété deux remorqueurs de haute mer, le Fairmont Expedition et le Fairmont Glacier.

Quoi qu’il en soit, le Brésil a assuré hier que les recherches aériennes et maritimes des corps des victimes de l’Airbus continueront au moins une semaine. « Vendredi, nous ferons une évaluation de ce qui a été retrouvé pour savoir jusqu’à quand nous poursuivrons les recherches. Mais ce sera au moins jusqu’au 19 juin. C’est une date où, en fonction des courants, il sera encore possible de trouver des corps à des distances acceptables pour nos avions et nos bateaux», selon l’armée brésilienne.

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