L’Europe va sonder l’enfance de l’Univers (Figaro)

Cap sur les étoiles lointaines et les premiers instants de l’Univers ! Pour son deuxième vol de l’année, Ariane 5 doit lancer jeudi après-midi à 15 h 12, heure de Paris, depuis la base de Kourou en Guyane française, les deux télescopes spatiaux Herschel et Planck de l’Agence spatiale européenne (ESA). Ces merveilles de la technologie spatiale, dont le coût total est estimé à 1,8 milliard d’euros, vont permettre à l’humanité de sonder les mystères de l’Univers qui l’abrite.

Alors qu’Herschel pointera ses instruments vers des zones encore inexplorées de l’espace pour mieux comprendre la naissance et l’évolution des premières étoiles et galaxies, il y a 10 milliards d’années, Planck dressera avec une précision inégalée la carte du rayonnement fossile de l’Univers, autrement dit les vestiges de la première lumière émise après le «big bang».

Ariane 5 ne placera pas ses deux précieuses charges utiles, d’une masse totale de 5,3 tonnes, en orbite basse ou géostationnaire, comme c’est habituellement le cas. Après s’être séparés du dernier étage de la fusée, environ une demi-heure après le décollage, Herschel et Planck rejoindront au bout d’un périple de trois mois le point de Lagrange (L2) situé à environ 1,5 million de kilomètres de la Terre.

Cette position a été choisie pour sa grande stabilité gravitationnelle et son éloignement qui permet d’éviter que les instruments ultrasensibles des deux télescopes, refroidis à des températures proches du zéro absolu (- 273,15 °C), ne soient perturbés par la chaleur ou l’ombre de la Terre.

Herschel, du nom du physicien britannique d’origine allemande à l’origine de la découverte de l’infrarouge en 1800, est le plus grand télescope jamais déployé dans l’espace avec un miroir de 3,5 mètres de diamètre. Soit une fois et demie la taille de celui de Hubble que la navette Atlantis a rejoint hier en orbite pour une ultime mission de réparation.

Comprendre comment les étoiles se forment
Confiée à EADS Astrium, la fabrication de ce miroir géant en carbure de silicium ultraléger, effectuée en collaboration avec Boostec, une PME de la région de Tarbes (Hautes-Pyrénées), a été «épique», explique au Figaro Jean Dauphin, le directeur de l’observation et des sciences d’Astrium : «Il nous a fallu un an pour obtenir une surface parfaitement lisse !»

Grâce à ce miroir géant, Herschel sera en mesure de capter des sources de lumière extrêmement ténues, situées aux confins de l’Univers et qui sont le plus souvent masquées par d’épais nuages de gaz et de poussières cosmiques. Le tout dans un domaine de longueur d’ondes relativement peu exploré jusqu’ici, l’infrarouge lointain et le submillimétrique.

«On comprend encore très mal comment les étoiles se forment au sein des nuages interstellaires», a expliqué le directeur de l’Institut d’astrophysique de Paris, Laurent Vigroux, lors d’une présentation organisée par le Centre national d’études spatiales (Cnes) fin mars à Paris. Grâce à ses deux caméras Pacs et Spire et à son spectromètre Hifi refroidis par plus de 2 000 litres d’hélium superfluide à une température de seulement 0,3 degré au-dessus du zéro absolu, Herschel devrait contribuer à lever ce mystère.

Record de froid
Mais le record de froid sera atteint par son acolyte Planck, du nom du physicien allemand Prix Nobel de physique 1918. Avec une température de seulement 0,1° au-dessus du zéro absolu, ce satellite de 1,9 tonne, réalisé en coopération avec la Nasa, sera incontestablement le point le plus froid de l’Univers ! De quoi détecter, à un millionième de degré près, les infimes variations du fameux rayonnement fossile.

À partir des 500 milliards de données brutes recueillies par les deux instruments (HFI et LFI) de Planck, les astronomes seront en mesure d’obtenir une cartographie de ce rayonnement, également appelé fonds cosmologique diffus, infiniment plus précise que celle obtenue en 1992 par le satellite Cobe et, dix ans plus tard, par Wamp. De quoi mieux comprendre la géométrie de l’Univers, le rythme de son expansion ainsi que la nature et la quantité de l’énigmatique matière noire.

Leurs réserves d’hélium étant limitées, la durée de vie de ces deux télescopes, qui permettront à l’ESA de clôturer en beauté le programme Horizon 2000 lancé en 1985, sera relativement courte : 3,5 ans pour Herschel et à peine de deux ans pour Planck. Soit beaucoup moins que les quinze ans pendant lesquels plus de 800 scientifiques, ingénieurs et techniciens européens se sont mobilisés au sein du consortium d’industriels et de laboratoires dirigé par Thales Alenia Space.

This entry was posted in Ariane(space), space science. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Please log in using one of these methods to post your comment:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s