L’enfance de l’univers scrutée au télescope (les Echos)

Herschel et Planck, lancés demain par Ariane 5, mesureront les premières lumières de l’univers et les nuages de poussière, berceaux des étoiles. Un programme clef pour la recherche publique européenne.

Le télescope Planck sera braqué sur le rayonnement fossile émis il y a 380.000 ans, au moment où l’univers, jusque-là opaque, est devenu transparent. Herschel, lui, s’intéressera à l’époque où bourgeonnaient les premières étoiles, il y a 5 milliard d’années.

La base spatiale de Kourou retrouve depuis quelques semaines l’ambiance fébrile des grands lancements à enjeu. Demain, Ariane 5 n’a pas le droit à l’erreur. Sa coiffe abrite deux prototypes non assurés, portés à bout de bras depuis plusieurs décennies par la recherche publique européenne.

Et un budget de 1,7 milliard d’euros qui pèsera lourd au décollage. « Un millier de scientifiques ont travaillé sur les deux télescopes Herschel et Planck et en attendent beaucoup », insiste Yvan Blanc, responsable des programmes au CNES.

Un parking spatial bien abrité

Pas étonnant que le tir ait été repoussé plusieurs fois ces derniers mois. Un doute sur une électrovanne par-ci, une alarme par-là, Arianespace joue la prudence. Il y a un mois, lors de la revue d’aptitude au cours de laquelle des experts indépendants vérifient tous les paramètres du tir, l’un d’eux a provoqué la panique : le grand miroir très précieux du télescope Herschel ne supportera pas les énormes vibrations du décollage, affirme- t-il. Les ingénieurs se sont rués sur leurs calculs pour finalement confirmer les marges de sécurité.

Demain, les deux télescopes prendront donc le chemin du point de Lagrange. Une destination située à 1,5 million de kilomètres de notre planète et où l’attraction du Soleil et celle de la Terre s’équilibrent. « C’est un bon parking spatial, explique Yvan Blanc, les satellites n’y subiront pas trop de contraintes mécaniques ou thermiques. » C’est là, tranquilles, que les deux télescopes tenteront pendant plusieurs mois de lever une partie du voile qu’a jeté le big bang sur les origines les plus lointaines de l’univers. Il s’agit en quelque sorte de reconstituer l’histoire prénatale et l’enfance de l’univers. Chacun des deux le fera à sa manière.

Planck aura l’horizon braqué sur le rayonnement fossile et ce qu’il peut nous apprendre sur l’univers opaque. Cette période prénatale, dont nous n’avons aucune échographie mais quelques vagues portraits-robots sortis des modèles théoriques, intéresse aussi les physiciens. Depuis plusieurs années, leur modèle standard est dans l’impasse, il ne couvre que 5 % de la matière de l’univers. Alors tous les moyens sont bons pour trouver des indices : accélérateur LHC, antennes à neutrinos, capteurs spatiaux.
Infrarouge lointain

Herschel, de son côté, n’affronte pas les âges les plus tendres de l’univers mais plutôt l’adolescence, cette riche phase, 5 milliards d’années après le big bang, où bourgeonnaient les premières étoiles, dans un scénario encore très obscur. Les chercheurs pensent qu’elles sont nées dans les grands nuages de poussière qui parsèment l’univers. Jusqu’ici, les télescopes ne pouvaient voir à travers ces habits de poussière, trop froids pour rayonner dans les longueurs d’onde visibles. Herschel sera le premier télescope à pouvoir en violer l’intimité grâce à sa vision de l’infrarouge lointain. Ses données renseigneront sur la chimie qui oeuvre dans ces grandes couveuses à galaxies.
Matthieu Quiret

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