Le satellite de Floirac aux confins des galaxies (Sud Ouest)

Même le plus rustre des terrestres a un chouïa d’inquiétude lorsqu’une fusée Ariane décolle. Et pourtant à Kourou, ça fait un bail que ça propulse sans encombres. On imagine alors sans peine le stress dans l’équipe de Fabrice Herpin. Dans leur labo de l’observatoire de Floirac, l’astronome et les ingénieurs travaillent depuis près de dix ans sur le satellite d’observation qui sera lancé demain à 15 h 12 du pas de tir guyanais.

La fusée doit mettre sur orbite deux engins scientifiques, programmes prioritaires de l’Agence spatiale européenne : Planck, un satellite de cosmologie et donc cet Herschel (1), satellite d’observation. Les Bordelais y ont conçu Hi Fi, un spectomètre hétérodyne à très haute résolution. « On peut le comparer à une radio qui balaierait un spectre de 500 à 2000 GHz, vulgarise Fabrice Herpin. Il va nous permettre de capter la présence des molécules d’eau, de monoxyde de carbone ou encore d’eau lourde. »

Étoiles massives

Objectif de ces scientifiques, grâce à cet outil placé à 1,5 million de kilomètres de la Terre : étudier la formation des étoiles massives grâce aux observations de l’eau. « Nous ne comprenons pas aujourd’hui comment se forment ces étoiles, qui ont plus de dix fois la masse du soleil et où naissent les éléments chimiques les plus lourds, dit l’astronome. Et l’on pense que l’eau joue un rôle décisif. Nous espérons aussi en observer d’autres que l’on n’imaginait pas forcément là. »

Comme pour tout projet de ce type, l’idée a été lancée… il y a vingt ans. L’Agence spatiale européenne l’a validée en 2000 lançant pour Fabrice Herpin et l’équipe d’ingénieurs électroniques les phases de démonstration, préparation et calibrations. Et de nombreux allers-retours pour l’astronome floiracais à Groningen (Pays-Bas), lieu de montage du spectromètre. L’été dernier, l’assemblage total du satellite a également été réalisé en Hollande, au siège de l’agence spatiale européenne de Nordwijk.

60 heures d’observation

D’une hauteur de 9 mètres et d’un poids de 3,5 tonnes : le bébé est beau. Son miroir de 3,50 m est le plus grand jamais envoyé sur un télescope. La star Hubble, que sont partis réparer les astronautes américains en début de semaine, affiche une surface de 2,70 m. « Plus le miroir est grand, plus la résolution des images est fine », renseigne M. Herpin.

Et le 11 février dernier, un Beluga emmenait le tout à Kourou. Aboutissement d’un travail en commun avec le Centre d’études spatiales du rayonnement (CESR) de Toulouse, le lancement d’aujourd’hui est aussi, bien sûr, un début. Celui de l’étude : l’équipe du Sud-Ouest, par convention et proportionnellement à l’investissement sur l’outil (2 millions d’euros), disposera de soixante heures d’observation sur Herschel dont on estime la durée de vie à trois ans environ. « En 60 heures, on peut voir énormément de choses », assure l’astronome girondin.

(1) William Herschel, astronome du XVIIIe siècle, a découvert Uranus et le rayonnement infrarouge.

Auteur : Yannick Delneste

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