Le plus grand télescope au monde est toulousain

Jeudi, une Ariane 5 va propulser le satellite Herschel équipé d’un miroir géant fabriqué par EADS-Astrium et Boostec. Alors que la date de lancement approche, les ingénieurs croisent les doigts pour que la mission soit sans faille. Rarement un programme spatial a coûté aussi cher. Rarement aussi il a intégré autant de technologies nouvelles sur deux satellites chargés de lever une partie de nos interrogations sur l’origine de l’univers. Rarement enfin, un programme aura associé autant des compétences industrielles à l’échelon local.

Le 14 mai, décollera de Kourou une Ariane 5 dans sa version lourde pour placer sur orbite le télescope Herschel et le satellite de recherche Planck. En cette année mondiale de l’astronomie, l’événement prend une portée mondiale pour l’ensemble de la communauté des astrophysiciens. A terme, les chercheurs se partageront les résultats transmis par les deux instruments envoyés dans l’univers profond, à 1,5 million de km de la Terre. Ce projet voulu par l’Agence spatiale européenne ne pouvait souffrir le moindre défaut. Engagés depuis des années dans ce programme plusieurs fois retardé, Le CNES, les deux opérateurs industriels Thales Alenia Space et EADS-Astrium, ont conduit des séries de tests sur deux engins appelés à supporter les turbulences de l’espace.

PARABOLE GÉANTE
Le défi représenté par le télescope Herschel est sans doute le plus remarquable car le miroir qui l’équipe est né de la coopération exceptionnelle entre EADS-Astrium Toulouse et le céramiste Boostec. Cette PME tarbaise a bâti son projet d’entreprise autour de la mise au point d’une énorme parabole en carbone de silicium, mesurant 3,50 m de diamètre. « On a étudié tous les matériaux possibles, l’alu, le tissage, le verre, le carbone…. L’idéal aurait été le verre, mais le poids du télescope aurait avoisiné une tonne », explique Jean Dauphin, le directeur « observation et science » pour Astrium France. « Ce réflecteur, c’est le plus large qu’on pouvait faire, taillé in extremis pour entrer dans la coiffe d’une super Ariane 5 », poursuit-il.

La tâche de ce télescope géant sera de renvoyer sur terre de précieuses informations sur l’origine et la formation des étoiles, d’ouvrir une nouvelle fenêtre d’observation sur l’univers. Tout un programme.

Au fin fond du Big Bang
« On va observer l’univers entre 400 000 et un milliard d’années d’âge. Les scientifiques en rêvaient pour corroborer leurs théories sur l’origine de l’univers », souligne Jean Dauphin, un des ingénieurs chargés de ce programme à EADS-Astrium. Grâce à cet observateur spatial européen dans l’infrarouge lointain, les scientifiques observeront des milliards d’années lumière dans l’univers et contempler ainsi le berceau des étoiles. Herschel e détectera les plus infimes émissions de chaleur dégagées par les étoiles et les galaxies. Pour que les instruments sensibles ne soient pas « éblouis » par les rayonnements thermiques, leurs capteurs seront refroidis à l’hélium. La mission d’Herschel sera de 15 mois, jusqu’à épuisement de l’hélium.

Hautes-Pyrénées. Comment Boostec est devenu une référence mondiale dans l’optique spatiale.
« Au début, on nous a traités de fous »
La céramique ? Sur le papier, c’est simple… On prend du sable de compétition très fin, très pur. On le réduit au four avec le meilleur des charbons… et à l’arrivée, on obtient du carbure de silicium, « une céramique technique plus dure que le meilleur acier et cinq fois plus résistante que le verre », résume Pierre Deny. Bref, c’est le matériau indispensable à l’industrie aéronautique et spatiale, a fortiori pour la réalisation d’un télescope.

Cet instrument est l’histoire d’un défi, celui de ce polytechnicien atypique qui a investi voilà 25 ans en s’installant à Bazet, à côté de Tarbes. Sur les ruines de Céraver pousse alors Céramiques et composites. Pièces pour l’automobile, mais aussi, plus confidentiellement, joints toriques pour les sous-marins nucléaires ou pour la Formule 1 : au sein de l’entreprise qu’il rachète finalement en 1993, la production en série le dispute à la recherche de pointe. En 1999, le choix stratégique de Pierre Deny est sans ambiguïté. Il revend Céramiques et composites, traverse la rue et fonde Boostec. L’objectif, conserver la recherche et le développement pour viser le marché de l’excellence mondiale, celui des projets qui font rêver et des paris techniques les plus inimaginables, en coopération constante avec Astrium.

« Au début, on nous a traités de fous lorsque nous nous sommes lancés », résument Pierre Deny et Michel Bouffard, d’EADS-Astrium, lors de la livraison du miroir d’Herschel. Et de fait, assembler dans un four à 1 400 degrés, et en une seule pièce, 12 pétales de céramique, avec une précision de l’ordre du micron, voire moins pour les finitions, pour, au final, obtenir cet œil cyclopéen destiné à scruter les origines de l’univers, relevait de la gageure.

Mais ce pari-là, Boostec l’a pourtant gagné en s’imposant comme leader mondial de l’optique spatiale. Depuis, l’entreprise bazetoise qui compte aujourd’hui 35 salariés et réalise un CA de 6,5 millions d’euros, poursuit son bonhomme de chemin entre les étoiles et la terre. Rocsat 2, Rosetta, Sentinel-2, Metop, GAIA… Boostec est parvenue à s’immiscer dans les meilleurs programmes de l’infiniment petit à l’infiniment grand.

La Dépèche du Midi le 08/05/2009 09:04 | PIERRE CHALLIER.

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