Le CNES en quête d’investisseurs pour son projet d’images de la Terr

Le projet e-Corce promet des images de 1 mètre de résolution, partout sur la Terre, mises à jour toutes les 24 heures. De quoi intéresser Google. A condition de trouver 400 millions d’euros.

Des images en couleur de n’importe quel endroit du globe, de 1 mètre de résolution, rafraîchies toutes les semaines dans un premier temps, tous les jours à terme ! C’est ce que promet le Centre national d’études spatiales, le CNES, avec son projet e-Corce, là où les images de Google Earth souffrent d’une qualité hétérogène et de mises à jour très aléatoires. Derrière cet acronyme – pour e-constellation d’observation récurrente cellulaire – se cache un concept d’avant-garde, validé en à peine douze mois, et très économique, souligne Jean-Jacques Favier, directeur adjoint de la prospective du CNES. Mise en service espérée en 2014.

Seul problème, et pas des moindres en ces temps de crise financière : il faut réunir un consortium prêt à mettre 400 millions d’euros pour fabriquer les 20 satellites prévus (dont 13 en orbite), les lancer, et installer toutes les stations au sol. « Nous avons reçu quelques lettres d’intention de la part d’opérateurs télecoms, d’industriels et d’investisseurs privés », assure Jean-Jacques Favier.

S’agit-il de concurrencer Google Earth, le célèbre service de géovisualisation ? Non : e-Corce se veut avant tout un producteur d’images, une sorte de grossiste. Avec deux cibles : les portails comme ceux de Google ou de Microsoft, et toutes les sociétés de services qui ont besoin d’images pas chères et régulièrement mises à jour (pour l’étude pétrolière ou l’agriculture par exemple). Les images d’e-Corce sont promises à un prix 4 fois inférieur à ce qui se pratique aujourd’hui. Comment ? En comprimant les coûts au maximum.

La diffusion des photos passera ainsi par un énorme réseau Internet de type « peer to peer ». Les satellites seront de conception basique, et les caméras légères. Le CNES, dont la vocation n’est pas d’intervenir dans le montage des affaires, a déposé quatre brevets, sur la compression des images notamment, dont il attend d’importantes royalties. « e-Corce, c’est la Logan de l’observation de la Terre », assure Jean-Pierre Antikidis, le coordinateur du projet.

« La demande va décoller »
Au point de concurrencer les services de prestataires comme Spot Image, ex-filiale du CNES ? L’organisme de recherche estime que le marché payant professionnel de très haute qualité existera toujours, mais, « c’est vrai, explique Jean-Jacques Favier, un transfert de la demande va s’opérer vers des fournisseurs d’images de masse ». « La demande va décoller l’an prochain », confirme-t-on chez Thales Alenia Space, le fabricant de satellites franco-italien. Obtenir de Google un engagement d’achat d’images, comme le portail américain l’a fait récemment auprès de GeoEye, l’un des fournisseurs de la défense américaine, serait assurément un plus.

En attendant, e-Corce relance la question du respect de la vie privée. Mais, sur ce point, le CNES préfère renvoyer la responsabilité sur les diffuseurs d’images…
[Les Echos – ALAIN RUELLO]

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