Mourir pour la Géorgie? Jean-Bernard Cadier

Editorial de France 24
Il y a quelque chose de disproportionné entre le conflit de la petite Ossétie du Sud (70 000 habitants) et ses conséquences planétaires. Car si le différent est bien réel et les passions féroces dans cette région grande comme le département français du Vaucluse, on a surtout l’impression que chacun se saisit de cette flambée de violence pour avancer ses pions sur l’échiquier mondial.

Les États-Unis ont longuement attendu pour arrêter une position claire. Ce n’est qu’au cinquième jour du conflit que George W. Bush est sorti de sa torpeur pour lancer une attaque verbale contre la Russie digne de la guerre froide. “Il faut défendre le monde libre en défendant une Géorgie libre.” Son ministre de la Défense, Robert Gates, menace Moscou de relations tendues pour plusieurs années. Mais il exclut en même temps la moindre implication militaire active en Géorgie, s’excusant presque que des militaires apportent l’aide humanitaire. Washington gronde, mais il n’est pas question de mourir pour Tskhinvali.

Le président Sarkozy a estimé que le moment était opportun pour que l’Europe, la France et lui-même s’imposent sur la scène mondiale en profitant de la paralysie américaine liée à l’élection présidentielle. C’était bien vu. Mais Nicolas Sarkozy, au soir de sa victoire diplomatique arrachée de Moscou à Tbilissi, s’est aperçu qu’il était le président de la désunion européenne. Les Polonais comme les Baltes se sentent dans cette affaire beaucoup plus anti-Russes qu’Européens. Les blessures de l’Histoire sont encore trop présentes pour que ces pays raisonnent en terme de rapport stratégique de bloc à bloc. L’UE se dit prête à envoyer des personnels sur le terrain. Pour quoi faire ? Observer ou éventuellement contrôler un cessez-le-feu, mais sûrement pas mourir pour Tskhinvali.

La Russie, elle, avait parfaitement préparé son coup. Depuis l’indépendance accordée contre son avis au Kosovo en février, depuis le rapprochement annoncé en avril entre l’Otan et la Géorgie et l’Ukraine, la Russie attendait son heure. Elle attendait le moindre faux pas de la Géorgie, quitte à le provoquer par guérilla ossète interposée. Le faux pas est venu, les chars russes ont puissamment contre-attaqué, et l’Otan n’est pas venue pour les arrêter. Pour ceux qui en doutaient encore, la Russie est de retour et Vladimir Poutine est aux commandes. Persuadé que la Géorgie est dans la zone d’influence de la Russie. Persuadé que son peuple est derrière lui dans cette affaire. Persuadé que ses soldats sont prêts, eux, à mourir pour Tskhinvali.

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