Philippe Douste-Blazy trouve “une porte de sortie” à l’ONU

Convaincu qu’on “ne peut pas faire de parcours politique français sans parcours international”, l’ancien ministre des affaires étrangères (2005-2007) Philippe Douste-Blazy tente de s’inventer un destin onusien.

Nommé, mardi 19 février, “conseiller spécial pour les sources novatrices de financement du développement” auprès du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, M. Douste-Blazy fera la promotion de la taxe de solidarité sur les billets d’avion, qu’il a contribué à créer.

Pour lutter contre la pauvreté, il explorera aussi de nouveaux prélèvements, notamment sur le marché en expansion des jeux de hasard sur Internet.
Les versions divergent toutefois sur la portée de sa fonction. Selon le communiqué officiel de l’ONU, l’ancien ministre “recevra une rémunération salariale symbolique d’un dollar par an”. Comme une douzaine d’autres conseillers bénévoles de M. Ban, il bénéficie du rang protocolaire de “secrétaire général adjoint”, sans que soient mis à sa disposition des personnels d’appui, des bureaux permanents à l’ONU, ou un budget. Selon un responsable onusien, M. Douste-Blazy sera “basé à Paris”. Ses frais seront simplement couverts lors de ses déplacements pour le compte de l’ONU.

L’ancien ministre semble pourtant avoir une vision plus large de son emploi. Interrogé par Le Monde, il affirme qu’un bureau devrait lui être accordé au 38e étage du siège de l’ONU, où se trouvent Ban Ki-moon et son équipe. M. Douste-Blazy dit vouloir vivre entre Paris et New York, où il n’exclut pas de prendre un appartement.

La question de la rémunération n’a, selon lui, pas été abordée et un bureau de liaison devait lui être fourni par le département des affaires économiques et sociales de l’ONU. Sur ce point, l’ONU confirme qu’une demande a été faite, sans être encore approuvée. Quant à un bureau au 38e étage, après vérification, la porte-parole adjointe de l’ONU, Marie Okabe, maintient “ne pas être au courant”.

UNE ÉQUIPE “LÉGÈRE”

Un responsable onusien chargé du dossier place ces divergences sur le compte de “malentendus” et précise que la mission confiée à M. Douste-Blazy est “importante”, même si la structure l’entourant doit rester “légère”. L’entourage de M. Douste-Blazy évoque pourtant la création d’une équipe étoffée, dont les locaux, la coquille administrative et les financements éventuellement privés restent à trouver.

Dans la sphère onusienne, on compte plus de 80 secrétaires généraux adjoints rémunérés, qui, eux, dirigent des départements, des agences ou des missions de l’ONU, lesquels emploient des milliers de personnels. Pour attribuer un poste similaire à M. Douste-Blazy, Ban Ki-moon aurait dû obtenir l’autorisation d’une commission de l’Assemblée générale de l’ONU.

Le nouveau poste est “un travail évidemment à plein temps” considère l’ex-ministre, qui compte abandonner son rôle de conseiller auprès du président français Nicolas Sarkozy, tout en restant président (bénévole) du conseil d’administration d’Unitaid, l’organisme qui facilite l’achat de médicaments pour le traitement du sida, du paludisme et de la tuberculose, avec l’argent de la taxe sur les billets d’avion prélevée dans une dizaine de pays.

M. Douste-Blazy connaît M. Ban pour l’avoir convaincu, en septembre 2006, de faire adopter en Corée du Sud cette taxe, quand tous deux étaient ministres des affaires étrangères. A cette époque, le Sud-Coréen faisait campagne pour le poste de secrétaire général de l’ONU.

De sources concordantes, la nomination à l’ONU de M. Douste-Blazy a été soutenue par l’Elysée et le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, avec l’aide de l’ambassadeur de France aux Nations unies, Jean-Maurice Ripert.

Vu de l’Elysée, cette “porte de sortie honorable” présente surtout l’avantage d’éviter un casse-tête politique : trouver à l’ancien maire de Lourdes puis de Toulouse un point de chute électoral.

Philippe Bolopion à New York avec Philippe Ridet
Article paru dans l’édition du 22.02.08.

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