Les Guyanais attendent de Sarkozy “sécurité et développement”

CAYENNE (Reuters) – A la veille de la visite du président Nicolas Sarkozy et de sept membres du gouvernement lundi et mardi en Guyane, la population attend des mesures fortes dans ce département durement touché par l’insécurité et le chômage, sur fond de forte immigration clandestine.

Pour de nombreux Guyanais, la priorité, c’est la lutte contre l’insécurité. “J’attends avant tout que le président Sarkozy remette de l’ordre”, affirme Steven, un étudiant de 22 ans.

“On veut pouvoir vivre tranquillement, sortir le soir sans avoir peur. Des efforts ont été faits, il faut les poursuivre”, analyse Line, une habitante de Rémire-Montjoly, à la périphérie de Cayenne.

En 2007, l’insécurité est en baisse en Guyane (-25% pour la délinquance sur la voie publique, et -34% pour le nombre d’homicides ou tentatives) mais le taux de criminalité reste à plus de vingt points au dessus de la moyenne nationale, et il progresse dans l’ouest du département.

“Il faut fermer les frontières, car l’immigration clandestine amène aussi la prostitution, la drogue, l’insécurité”, plaide Séphora, une jeune mère de 25 ans.

Au centre pénitentiaire de Rémire-Monjoly, les trois-quarts des détenus sont des étrangers en situation irrégulière, selon l’administration pénitentiaire. Plus de dix mille reconduites à la frontière ont été réalisées l’an dernier, selon la préfecture.

D’une source à l’autre, on estime qu’entre 25.000 et 40.000 clandestins vivent en Guyane, pour une population de 210.000 habitants.

Dans un communiqué du 4 février, la Cimade, qui accompagne les migrants dans leurs démarches, dénonce “la législation d’exception en Guyane”, qui permet “de dépasser sans problème les objectifs chiffrés imposés par le gouvernement”, les “conditions de rétention déplorables”, “l’expulsion de personnes protégées – parents d’enfants français, étrangers mineurs ou malades”, ainsi que “l’enfermement, début janvier 2008, au local de rétention de Rochambeau, de quatre enfants de sept mois à deux ans”.

UNE PROMESSE DE SARKOZY TENUE… QUATRE ANS APRÈS

“Il y a quelques jours, je suis allé faire un tour en forêt, et l’orpaillage clandestin fait beaucoup de dégâts. Il faut frapper un grand coup”, souhaite Jean-Marie, 37 ans, commerçant à Matoury.

Venus des états pauvres du nord du Brésil, les chercheurs d’or clandestins sont plusieurs milliers dans l’intérieur guyanais. En 2007, 113 opérations “Anaconda” ont été menées contre les chantiers illégaux, pour 23 millions d’euros de matériel détruit, selon la gendarmerie, qui reste handicapée dans son action par le manque de moyens aériens.

Engagée depuis cinq ans dans des opérations Anaconda toujours plus nombreuses, la gendarmerie a été dotée fin 2007 d’un hélicoptère EC 145 d’une capacité de neuf passagers, un appareil promis en juillet 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, pour fin 2003.

Les gendarmes n’avaient jusqu’à présent en dotation qu’un seul hélicoptère Ecureuil de trois passagers, avec l’appoint ponctuel de moyens civils, en location, ou militaires (trois pumas), souvent utilisés pour d’autres missions.

Avec un taux de chômage de 20,6%, la Guyane espère aussi des mesures de développement économique. “J’attends que Nicolas Sarkozy fasse de la Guyane une zone franche, comme il l’a promis pendant la campagne présidentielle”, explique Francia, 25 ans, qui a créé son entreprise d’assistance administrative pour les étrangers.

Soutenue par le monde socio-économique, la “zone franche globale” est combattue par un collectif syndical, dont l’Union des travailleurs guyanais (UTG), le premier syndicat du département.

Le syndicat des médecins de Guyane revendique la création d’une “zone franche sanitaire” pour combler le déficit en médecins, la Guyane ayant une densité médicale plus de trois fois inférieure à la moyenne nationale.

Beaucoup, comme Paul, enseignant à Kourou, soulignent aussi la nécessité de renforcer les services publics.

“Il y a des centaines d’enfants qui ne sont pas scolarisés, de gros besoins en matière d’enseignants, ou encore un manque de bureaux de poste”, déplore-t-il.

“Nous sommes complètement sous-équipés en matière de service public, l’Etat doit assumer ses responsabilités”, soutient-il.

Selon l’Observatoire de la non-scolarisation en Guyane, environ 1.500 enfants ne sont pas scolarisés dans le département, le plus souvent des enfants d’étrangers en situation irrégulière.

Après l’annonce le 30 janvier du rejet par Nicolas Sarkozy du projet de mine d’or de la multinationale Iamgold en Guyane, les relations pourraient être tendues entre le chef de l’Etat et les socio-professionnels guyanais, échaudés par l’abandon de ce projet qu’ils soutenaient.

Le contexte socio-économique est aussi marqué par la paralysie du principal port de Guyane, touché depuis le 25 janvier par une grève des dockers de l’UTG. Environ mille conteneurs ont dû être débarqués dans d’autres ports de la zone, en attendant la fin du conflit.

Le Medef Guyane a appelé à un “arrêt total de toute forme d’activité lundi matin”, pour “sensibiliser le gouvernement sur la détérioration croissante de l’économie régionale, aggravée par les obstructions récurrentes du Port de commerce”.

10.02.08 | 09h40 par Laurent Marot

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