Marchandages et audace permettent de relancer Galileo, le rival du GPS américain

Après avoir accumulé les retards, Galileo a connu, jeudi 29 novembre à Bruxelles, une relance difficile. Tard dans la nuit, les ministres des transports de l’Union se sont mis d’accord sur le plan industriel de déploiement du système européen de radionavigation par satellite, rival du GPS américain.

L’unanimité était en principe requise, mais la présidence portugaise a eu recours à la majorité qualifiée pour contourner le refus de l’Espagne d’approuver les conclusions adoptées par les vingt-six autres délégations.

Après des mois de tractations, la réunion était cruciale pour la survie d’un programme emblématique des ambitions et des rivalités des Etats membres dans le domaine spatial.

Vendredi 23 novembre, les capitales de l’Union s’étaient déjà mises d’accord sur le volet financier de Galileo, afin de puiser les 3,4 milliards d’euros nécessaires dans le budget de l’Union. Et ce, en dépit du vote négatif de Berlin et de l’abstention de Madrid. Depuis, tout a été fait pour rassurer le gouvernement d’Angela Merkel, en garantissant à l’Allemagne les retombées industrielles qu’elle réclamait.

CINQ ANS DE RETARD

De son côté, l’Espagne a exigé jusqu’au bout l’installation sur son territoire d’un véritable centre de contrôle, en complément de l’organe de gestion de certaines données qui lui est déjà promis. L’Allemagne et l’Italie, où seront installés deux premiers sites de contrôle, n’ont pas accepté d’être dépouillées.

“Le plan industriel est maintenant sur pied”, a estimé sans pavoiser le commissaire en charge des transports, Jacques Barrot. Les conclusions prévoient un système d’appel d’offres très encadré afin de déployer les trente satellites de la constellation d’ici à 2013. L’ensemble de ce projet ambitieux sera divisé en six segments. Une même société ne pourra être chef de file sur plus de deux lots, et devra sous-traiter au moins 40 % de ses contrats.

Si rien n’est officiellement attribué, le dispositif devrait, entre autres, permettre de confier la fabrication des satellites, au moins dans un premier temps, au groupe EADS Astrium, défendu bec et ongles par Berlin. Les infrastructures au sol seraient conçues par Thales Alenia Space France (TAS), l’informatique, par TAS Italie. Les lancements seraient assurés par Arianespace. Une fois en orbite, le GPS européen, qui a pris cinq ans de retard, sera en mesure d’offrir différents signaux grand public ou cryptés d’une grande précision. De multiples utilisations sont prévues, comme la navigation ou le sauvetage en mer.

La décision prise jeudi risque cependant de susciter une certaine confusion. Face à l’opposition résolue de l’Espagne, la présidence portugaise a fait preuve d’audace institutionnelle pour contourner les règles de l’unanimité. Après avis des juristes du Conseil, elle a considéré possible de s’en tenir à la majorité qualifiée, puisque les règlements désormais nécessaires pour assurer le déploiement de Galileo seront adoptés selon cette procédure de vote. “C’est une percée institutionnelle, car personne n’a jamais osé utiliser ce truc”, se réjouissait jeudi soir un haut fonctionnaire de la commission.

Le choix des Portugais pourrait susciter de vives réactions de la part de l’Espagne et des capitales les plus soucieuses de préserver leur influence grâce aux règles de l’unanimité. “C’est un beau débat juridico-politique qui va s’ouvrir”, a observé le secrétaire d’Etat français aux transports, Dominique Bussereau, en se réjouissant du compromis imaginé pour assurer l’envol d’un projet soutenu de longue date par la France.

Philippe Ricard
Article paru dans l’édition du 01.12.07.

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