Le serpent qui se mord la queue

L’ancien maire de Marsangue, devenu président du CPA (Conseil des programmes audiovisuels), prend à témoin la France entière lors du journal télévisé de la chaîne TV 1. “Depuis quelques jours, mon nom est cité par des prostituées qui parlent à des gendarmes. Selon elles, j’aurais été il y a quelques années, lorsque j’étais maire de Marsangue, le complice de Fabrice Fornier dans l’organisation de soirées sado-masochistes, avec viols de mineures, actes de barbarie, meurtre d’un travesti. Ce sont des accusations hallucinantes. La calomnie, je vais l’affronter en face, les yeux dans les yeux, et je vais la prendre à la gorge”, dit-il, très pâle et transpirant beaucoup.

Cela vous rappelle évidemment quelque chose. Ainsi commence Notable donc coupable, le téléfilm de Francis Girod dont la première partie était diffusée mardi 2 octobre sur France 2. Le 18 mai 2003, Dominique Baudis, ancien maire de Toulouse, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, tenait à peu près ces propos lors du 20 Heures de TF 1.

“Le film que vous allez voir est une fiction. L’histoire a été imaginée à partir d’un événement connu et largement médiatisé”, indique un avertissement qui défile lentement devant les yeux du téléspectateur.

Fiction, certes, mais le visage tendu et couvert de sueur de l’ancien maire de Toulouse est encore dans toutes les mémoires. S’il transpire, c’est qu’il est coupable, disait-on alors. Les deux prostituées accusatrices étaient invitées sur les plateaux de télévision. Elles en rajoutaient d’une émission sur l’autre. France 2 faisait une large place à leurs affabulations. C’est un peu le serpent qui se mord la queue. La chaîne, qui a beaucoup contribué à la diffusion de la rumeur, est aussi celle qui produit ce téléfilm… Tout était faux, bien sûr.

On en revient à la fiction. Charles Berling est très convaincant dans ce personnage de notable tranquille, cueilli à froid par une machination, et totalement désorienté. “Je n’arrive même pas à savoir ce que c’est. Je ne comprends même pas d’où ça vient. Je suis en première ligne sans savoir comment ni pourquoi”, dit-il à sa femme. Fiction, vraiment ? Fabrice Fornier, le tueur en série, ressemble étonnamment à Patrice Alègre. Et le successeur du héros à la mairie de Marsangue a la mèche tombante, les costumes croisés et jusqu’au ton de voix de Philippe Douste-Blazy. C’est évidemment l’écueil de ce genre de téléfilm. A chaque instant, le téléspectateur se demande, malgré les changements de noms, ce qui est vrai et ce qui est inventé. Les deux prostituées mentaient. Mais on n’a jamais su qui avait lancé cette machine infernale, ni pourquoi. D’une certaine façon, l’affaire réelle, vieille seulement de quatre ans, est encore plus passionnante que n’importe quelle fiction.

Dominique Dhombres
Article paru dans l’édition du 04.10.07.

Advertisements
This entry was posted in media-com, perso, politique, society. Bookmark the permalink.