Max Jacob, le dernier rôle interprété par Jean-Claude Brialy

“Ils m’ont aimé mais ils ne m’aiment plus. Je les amuse mais je ne les intéresse plus.” Pour son dernier rôle à la télévision, Jean-Claude Brialy, décédé le 30 mai à l’âge de 74 ans, avait choisi d’incarner le poète Max Jacob, un “sacrifié de l’Histoire”, quasiment abandonné à son sort tragique par ses compagnons de bohème lorsqu’il fut arrêté comme juif, le 24 février 1944 par la Gestapo. Dix jours plus tard, celui qui portait la Légion d’honneur et l’étoile jaune mourut au camp de Drancy.

“Jean-Claude Brialy est un grand seigneur qui avait trouvé là un rôle à sa mesure”, a raconté Dominique Blanc, lors de la projection de presse, vendredi 22 juin, de Monsieur Max, qu’Arte diffusera le 14 septembre. “C’est l’une des premières personnes à avoir parlé de moi dans le métier à mes débuts, poursuit l’actrice qui partage l’affiche de ce téléfilm. Il m’avait présenté Arletty. Il était extrêmement généreux.”

Généreux, à l’image de Max Jacob lui-même, qui fut le plus proche ami et le colocataire de Pablo Picasso en 1901 à son arrivée à Paris. Celui-ci fut d’ailleurs le parrain de l’auteur du Cornet de dés lors de son baptême marquant sa conversion au catholicisme. Retiré en 1936 à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, le poète aura sollicité une dernière fois le peintre devenu illustre, ainsi que ses anciens amis Jean Cocteau et Sacha Guitry pour sauver – en vain – sa soeur de la déportation. Quelques semaines plus tard, c’était à son tour d’être interné.

UN SACRIFIÉ DE L’HISTOIRE

Bâti sur des retours en arrière, Monsieur Max brosse le portrait d’un homme tendre et attachant que Guillaume Gallienne, sociétaire de la Comédie-Française, et Jean-Claude Brialy incarnent à quarante ans d’intervalle. C’est le romancier Dan Franck qui a écrit le scénario de ce téléfilm sur l’un des personnages centraux puis marginaux de la bohème artistico-littéraire de la première moitié du XXe siècle. Jean-Claude Brialy avait personnellement bien connu quelques-unes des brillantes figures évoquées dans ce téléfilm, telles que Jean Cocteau et Sacha Guitry. “Il m’a confié que Jean Cocteau gardait beaucoup de culpabilité de n’avoir pas fait assez pour Max Jacob”, relate le réalisateur Gabriel Aghion.

Président d’Arte France, Jérôme Clément, membre de l’Association des amis de Max Jacob, a soutenu le projet de cette fiction produite par Daniel Leconte (Film en Stock). “Le destin de Max Jacob est extrêmement émouvant. Moqué pour son homosexualité et sa conversion au catholicisme, il a été un sacrifié de l’Histoire”, expliquait lors du tournage le patron de la chaîne franco-allemande.

Après ce téléfilm, Jean-Claude Brialy avait enchaîné un petit rôle, dans une comédie de Romuald Beugnon, Vous êtes de la police ?, qui sortira le 7 novembre au cinéma.

Macha Séry
Article paru dans l’édition du 27.06.07.

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