Edito du Monde: Le mystère libyen

Qui ment ? Qui dit la vérité ? Les déclarations au Monde de Saïf Al-Islam Kadhafi, fils du “Guide” de la Libye, sur les compensations obtenues par ce pays pour la libération des infirmières bulgares – un important contrat d’armement de la part de la France, l’extradition prochaine par le Royaume-Uni d’un des coupables libyens de l’attentat de Lockerbie – jettent le trouble jusque dans la majorité UMP. Nicolas Sarkozy a réaffirmé qu’il n’y avait eu “aucune” contrepartie. L’Elysée a indiqué qu’aucun contrat d’armement n’avait été signé à l’occasion de la visite du président français à Tripoli, quelques jours après la libération des infirmières, ce qui ne signifie pas qu’une coopération militaro-industrielle ne soit pas en discussion.

De fait, le doute ne peut que subsister. Pour Tripoli, la libération des infirmières et du médecin visait aussi à franchir une nouvelle étape dans le processus de réintégration de la Libye au sein de la communauté internationale, entamé avec le règlement judiciaire de l’attentat de Lockerbie. Il n’est pas non plus anormal que la France ait veillé à ses intérêts diplomatiques, voire économiques, tout en agissant sur le plan humanitaire. Mais la prise en charge par Paris d’une partie des traitements des petits Libyens contaminés par le sida n’était sans doute pas le seul élément de l’accord. La simple logique laisse à penser qu’un dictateur tel que Mouammar Kadhafi n’a pas pu laisser partir ses otages sans contreparties plus substantielles.A trop vouloir prouver, à essayer de convaincre que le nouveau président et son épouse étaient, à eux deux, si efficaces qu’ils avaient obtenu un dénouement heureux par leur seule opiniâtreté dans les négociations, l’Elysée a reçu un retour de bâton prévisible. Une chose est sûre. La “République irréprochable” que veut installer M. Sarkozy est prise en défaut de transparence, voire en flagrant délit de manipulation de l’opinion.En tout état de cause, la phase ultime de la négociation a été mise en avant plus qu’il n’aurait convenu. Et le rôle de l’épouse du président a été valorisé à l’excès puisqu’il semble avéré qu’une vaste négociation multilatérale durait depuis des mois.Il apparaît aussi que le ministre des affaires étrangères a été tenu à l’écart de l’essentiel des discussions. Ce qui, au passage, et malgré ses dénégations, souligne l’inconfort de la position de Bernard Kouchner, ministre “d’ouverture” qui ne bénéficie pas d’une proximité suffisante avec le président de la République pour avoir été au coeur du dossier.Certes, éliminer la diplomatie secrète des relations internationales procède sans doute du rêve. Mais le pouvoir ne peut pas être tenu pour quitte, dans cette affaire, avec les déclarations embarrassées de M. Kouchner. M. Sarkozy devra donner les explications que le pays attend. Le plus tôt sera le mieux.Article paru dans l’édition du 03.08.07.

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