Astrium se lance à la conquête du tourisme spatial

Un fabuleux moyen de réveiller l’ambition européenne pour l’espace.” C’est ainsi que François Auque, président d’Astrium, a présenté, mercredi 13 juin, la maquette de l’avion-fusée conçu par cette filiale du groupe EADS pour se lancer dans le tourisme spatial.

De la taille d’un jet d’affaires, cet appareil emportera quatre passagers. Pouvant décoller de n’importe quel aéroport, il s’élèvera jusqu’à 12 kilomètres d’altitude grâce à ses turboréacteurs. Ensuite, le moteur-fusée à l’arrière sera mis en route pendant 80 secondes permettant de propulser l’avion à 60 kilomètres de haut. L’inertie fera le reste pour atteindre une altitude de plus de 100 kilomètres.

Pendant trois minutes, les passagers seront en apesanteur totale. A travers les nombreux hublots, “ils découvriront que la terre est ronde, verront le ciel noir, le soleil et les étoiles”, raconte M. Auque. L’avion reviendra ensuite sur terre vers son aéroport d’origine. Le vol aura duré une heure et demi, pour un prix de 150 000 à 200 000 euros.

L’idée est venue d’une dizaine de jeunes ingénieurs d’Astrium qui, un jour, ont interpellé leur patron sur le thème : “Nous sommes la plus grande société spatiale européenne, pourquoi ne faisons-nous rien dans le tourisme spatial ?” Pendant deux ans, le projet a été mené dans le plus grand secret avant d’être présenté en mars par le comité exécutif d’EADS.

Cet investissement d’1 milliard d’euros sera financé uniquement par fonds privés. M. Auque se donne six mois pour convaincre des banquiers d’y participer. Si le développement débute en 2008, le premier vol pourrait se dérouler en 2012.

“LE MEILLEUR CONCEPT EXISTANT”

L’objectif est de prendre 30 % du marché du tourisme spatial suborbital. Pour cela, Astrium envisage de constituer une flotte de 20 véhicules en dix ans. “C’est un projet sérieux”, souligne M. Auque, mettant en avant les compétences du groupe dans le spatial avec Ariane et l’aéronautique avec Airbus. “C’est le meilleur concept existant en terme de sécurité, confort et coût récurent, affirme-t-il au regard des projets concurrents, la plupart n’existant que sur le papier.

Parmi les propositions les plus crédibles, celle de Rocketplane s’inspire de la même idée. Cette société de l’Oklahoma, créée par d’ex-ingénieurs de Lookheed Martin et de la NASA, travaille sur un jet classique propulsé par un moteur de fusée à partir de 6 kilomètres d’altitude. L’entreprise, qui a racheté le groupe Kistler, pionnier du spatial privé aux Etats-Unis, espère tester son prototype dès 2008. Le prix du billet est de 250 000 dollars.

Virgin Galactic affiche un prix un peu inférieur et la même date pour les premiers essais de son Spaceship Two. Le principe diffère : l’appareil du groupe de Richard Branson serait d’abord supporté par un avion traditionnel avant de s’en séparer pour franchir la limite officielle de l’espace, à 100 kilomètres d’altitude.

Cette entreprise a deux avantages. Le savoir-faire publicitaire du milliardaire britannique s’appuie sur la seule véritable expérience de vol suborbital privé, due au succès du Spaceship One de l’Américain Burt Rutan en 2004. Il peut également compter sur le soutien de l’Etat du Nouveau-Mexique, qui vient d’autoriser la construction son premier port spatial.

Un troisième projet est mené en secret. Il s’agit de la société Blue Origin, fondée par Jeff Bezos, patron du site Amazon. Celui-ci a testé une fois, à basse altitude, son idée de capsule réutilisable à décollage et atterrissage vertical. Cet appareil pourrait peut-être viser plus haut que la très basse orbite terrestre.

C’est aussi ce que recherche Robert Bigelow, magnat américain, de l’immobilier. Il a déployé dans l’espace, en 2006, un prototype de module gonflable préfigurant une station privée annoncée pour 2015. Beaucoup plus complexe que le vol suborbital, ce type de projet est le seul à viser un tourisme spatial de plus longue durée.

Mais il ne semble pas pouvoir s’adresser avant longtemps à d’autres clients que des milliardaires, tels que les cinq privilégiés qui ont payé environ 20 millions de dollars à Space Adventure pour passer une dizaine de journées dans la Station spatiale internationale. A ce jour, ce sont les seuls touristes spatiaux de l’histoire.

Jérôme Fenoglio et Dominique Gallois
Article paru dans l’édition du 15.06.07.

This entry was posted in industry_eco, manned flight, space. Bookmark the permalink.