Aérospatial-Auque : l’Europe doit redevenir “ambitieuse”

Le patron d’EADS Astrium s’alarme des budgets européens, dépassés de loin par ceux des Etats-Unis et de la Chine. “L’Europe doit mettre en œuvre une politique ambitieuse d’exploration spatiale“, a déclaré le P-DG d’EADS Astrium lundi 11 juin, à quelque jours de l’ouverture du 47e salon de l’aéronautique et de l’espace du Bourget.

François Auque s’est révolté contre l’état des budgets spatiaux français et européens, et inquiété du financement du système de navigation de l’Union européenne, Galileo.
Il assure que, si l’Europe ne lance une politique ambitieuse d’exploration spatiale, “cela signifie qu’elle se résigne à jouer en division d’honneur”. Et le patron de rappeler que l’Europe détient “un lanceur, Ariane 5, facilement adaptable, la fusée Soyouz également adaptée au vol humain, le vaisseau cargo ATV”.

Insuffisance sur le plan militaire

“Au niveau militaire, il faut aussi passer à la vitesse supérieure, car les Etats-Unis dépensent 25 milliards de dollars par an et l’Europe 800 millions d’euros, alors qu’il faudrait “au moins 2 milliards d’euros pour créer un système cohérent”, a-t-il poursuivi.
L’espace institutionnel est celui des militaires, des scientifiques, et de l’exploration humaine. “En France, le budget du centre nationale d’études spatiales (CNES) est gelé, en Europe il a une progression annuelle nulle, alors que les dépenses américaines progressent de 6%, celles de la Chine de 10%, celles de l’Inde de 18%”, a rappelé François Auque.

Profiter du nouveau gouvernement

Selon le patron de la filiale d’EADS, “la relative santé” des marchés commerciaux, ceux des satellites de télévisions et télécommunications qui font vivre Arianespace, “ne doit pas faire illusion” car ils restent très minoritaires par rapport à l’Espace institutionnel. Près de 5 milliards de dollars contre 50, estime-t-il.
“A ce rythme, le déclin est inexorable”, a déploré le P-DG du constructeur des fusées Ariane et des satellites Astrium. Un avertissement qu’il réitère, puisqu’il avait déjà lancé des mises en garde similaires en 2005 lors du précédent salon du Bourget.
“Pour rester en première division, il faut que l’Europe retrouve l’ambition”, a clamé le patron, qui ne cache pas vouloir profiter de l’arrivée d’un nouveau gouvernement en France pour “aider le CNES à renégocier son budget”.

2,4 milliards d’euros à trouver pour Galileo

A propos de Galileo, le système européen destiné à concurrencer le GPS américain, François Auque reste inquiet. Comme le plan de financement privé/public prévu initialement a échoué, il s’inquiète de la mobilisation de 2,4 milliards d’euros de financement public.
Si les ministres des Transports des 27 se sont retrouvés vendredi dernier, ils ont renvoyé cette délicate question à début octobre.
“Le consortium d’industriels concessionnaire est mort, mais on n’a pas trouvé le financement pour l’instant“, regrette-t-il. “Le nouveau système n’est pas assuré”, a-t-il lancé avant de préciser que le projet traverse “un moment à risque“.
La décision de Bruxelles de remettre les discussions à plat ouvre une deuxième boîte de Pandore, selon François Auque: celle du partage industriel entre les pays membres, qui avait été l’objet d’un “compromis difficile en 2005” et qui risque de “donner lieu à de nouveaux conflits”.

Challenges.fr | 11.06.2007

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