Après Airbus, Galileo

Editorial: Le programme de radionavigation par satellite Galileo devait incarner les ambitions de “l’Europe puissance”. Dotée de trente satellites, la constellation est conçue pour rivaliser avec le GPS américain. Aux yeux de ses promoteurs, le programme devait devenir un des emblèmes industriels d’une Europe soucieuse, en dépit de son retard, de jouer dans la cour des grands dans le domaine spatial, avec les Etats-Unis, la Russie, voire la Chine. Après l’échec du projet de Constitution, les dirigeants européens, Français en tête, ont jeté leur dévolu sur des projets concrets, susceptibles d’améliorer le quotidien de citoyens très partagés sur les bénéfices de l’Union. A terme, affirmaient-ils voici peu, Galileo pourrait susciter la création de 150 000 emplois.

Mais si rien n’est fait, Galileo risque surtout de constituer une illustration supplémentaire de la panne européenne au moment où l’Union s’apprête à fêter les cinquante ans du traité de Rome. Comme Airbus, Galileo est lui aussi engagé dans une crise profonde. Les retards se sont accumulés ces derniers mois : d’abord prévu pour être opérationnel à l’horizon 2010, Galileo ne devrait pas l’être avant 2012 dans le meilleur des cas. Certains experts souhaitent une remise à plat complète du projet. Faute de quoi, prédisent-ils, le navire amiral de l’Europe spatiale serait menacé de naufrage.

La crise est industrielle, financière et politique. Engagés dans de multiples luttes intestines, les entreprises sélectionnées fin 2005 pour mettre en place et exploiter le programme, comme EADS, les français Alcatel et Thales, l’italien Finmeccanica ou l’espagnol Hispasat, tardent à tenir leurs promesses. Alors que le partenariat public/privé imaginé pour Galileo devait servir de référence dans le domaine spatial, les groupes en lice croisent le fer avec les autorités européennes afin de limiter au minimum leur prise de risque.

De leur côté, les Etats membres, tentés comme jamais par ce que Dominique de Villepin a appelé le “patriotisme économique”, attisent la concurrence entre les partenaires du consortium retenu. Au nom de la logique du “juste retour”, qui handicape Airbus, mais aussi l’Agence spatiale européenne, copilote avec la Commission européenne de la phase de développement du projet, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni espèrent capter pour leur seul avantage une partie des multiples retombées du programme. Ces Etats ont insisté pour que les différents industriels en concurrence pour déployer Galileo regroupent leurs efforts. Une exigence – malheureusement acceptée par la Commission de Bruxelles – qui place aujourd’hui le consortium en position de monopole et complique la négociation du contrat de concession. Il est temps que chacun se reprenne afin de sauver ce qui peut l’être de l’ambition de Galileo.

Article paru dans l’édition du Monde du 22.03.07.

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