Selon son ex-compagne,Amory est bien l’auteur de la photo de Mitterrand mort

Pascale Guy, l’ancienne compagne de Patrick Amory, le journaliste qui nie être mêlé à la photo de François Mitterrand sur son lit de mort, confirme aujourd’hui notre enquête (Le Monde du 18 janvier). Deux paparazzis, Pascal Rostain et Bruno Mouron, patrons de l’agence Sphinx, avaient en effet raconté, pour la première fois, au Monde, qu’ils avaient confié à M. Amory un appareil photo Minox 35 préréglé, afin qu’il réalise la photo de l’ex-chef de l’Etat sur son lit de mort. Patrick Amory assurait le contraire dans une lettre publiée dans ces colonnes (Le Monde du 13 février).A l’époque, Pascale Guy vivait depuis quatre ans avec Patrick Amory. “Quelques jours après la mort de François Mitterrand, raconte aujourd’hui cette femme de 42 ans, cadre dans l’industrie pharmaceutique, alors que je travaillais dans un grand appartement loué dans le 5e arrondissement de Paris, Patrick est entré dans la pièce, très troublé. Il cherchait partout une enveloppe de papier kraft. Il avait l’habitude de cacher des enveloppes entre les piles de chemises, de pulls. Une demi-heure plus tard, il est revenu avec l’enveloppe, soulagé. Il me l’a tendue. Elle contenait une série de clichés. Dans mon souvenir, il y en avait trois ou quatre.”Pascale Guy découvre alors les photos. “Sans qu’il me dise rien, j’ai immédiatement reconnu François Mitterrand, mort, étendu sur un lit”, se souvient-elle. M. Amory ne cache pas sa fierté. “Il répétait : ‘C’est moi qui les ai prises. Tu te rends compte, c’est le scoop du siècle, la photo que tout le monde veut !’ Il se justifiait : ‘Ecoute, quand je vois tous ces gens, ces bourgeois qui se disent de gauche et vont se recueillir devant lui… Pourquoi le peuple qui l’a élu n’aurait-il pas le droit de le voir, lui aussi?'”.A aucun moment, M. Amory n’évoque devant sa compagne l’intervention d’un complice. Il lui raconte seulement qu’il s’est rendu deux fois avenue Frédéric-Le-Play. Il n’a pas eu de difficultés à entrer dans l’appartement-bureau de l’ancien chef de l’Etat : la sécurité présidentielle le connaissait, puisque, à ce moment-là, il aidait Danielle Mitterrand à rédiger ses Mémoires, En toutes libertés (Ramsay, 1996). A l’été 1995, il avait d’ailleurs passé “quelques semaines” dans la bergerie des landes des Mitterrand, à Latche, “partageant la vie de la famille”, comme il le racontait lui-même, photos à l’appui, dans le numéro de Paris Match du 7 mars 1996.M. Amory précise alors à sa compagne la façon dont il a réalisé les fameux clichés. “Son ami d’alors, le paparazzi Pascal Rostain, avec lequel il travaillait beaucoup, lui a expliqué comment régler l’appareil photo avec du scotch”, raconte Mme Guy, évoquant un détail dont Bruno Mouron s’est souvenu lui aussi. “Il s’est rendu le jour même de la mort de l’ancien président, le 8 janvier 1996, avenue Frédéric-Le-Play, a pénétré dans la chambre, mais n’a pas pu prendre la photo, étant donné les nombreuses personnes qui s’y trouvaient. C’est le lendemain, explique-t-elle, que les fameux clichés ont été pris.” Selon le récit qu’il en a fait à sa compagne, M. Amory a “caché l’appareil photo dans le grand imperméable noir d’un styliste japonais qu’il avait coutume de porter” et il a pris les clichés “sans mettre l’œil dans le viseur, en tenant l’appareil à hauteur de hanche”. “Le garde de sécurité est resté en arrière”, a-t-il dit à Mme Guy. Patrick Amory, ajoute-t-elle, était dans “un état de grande excitation, et je pense que c’est aussi pour cela qu’il m’a confié ce secret si lourd à porter”.M. Amory confie aussi à sa compagne que “Paris Match [lui] a donné 800 000 francs pour les photos”. Le scandale qui suit n’ébranle en rien son silence. “Claude Azoulay était accusé, et Patrick disait : ‘Tout le monde pense que c’est lui, ça m’arrange.'” Pascale Guy, de son côté, se souvient qu’elle éprouve un trouble croissant. “C’était d’autant plus gênant qu’il fréquentait Danielle Mitterrand et qu’elle avait porté plainte, explique-t-elle. Quelque temps plus tard, Patrick a même invité Mme Mitterrand à déjeuner chez nous. Patrick avait préparé un repas aux truffes. Je me suis retrouvée quelques instants à table seule avec cette femme, qui me parlait de son mari, et je me sentais terriblement mal à l’aise.”Peu de temps après cet épisode, le couple s’est séparé. “Je n’ai pas souhaité revoir Patrick, dit Mme Guy. Mais lorsque je l’ai entendu sur France-Info, le jour de la publication de votre enquête, de cette voix blanche que je lui connais si bien, assurer sans faiblir qu’il n’avait rien à voir avec cette photo ; quand je l’ai entendu dire qu’il avait confié sa défense à Me Henri Leclerc, l’avocat des droits de l’homme et de tant d’autres belles causes, je suis restée sans voix. Je me suis dit que je ne pouvais pas rester du côté de ceux qui se taisent. J’ai des valeurs morales. Puisque cette affaire resurgit, que vous avez cherché dans la bonne direction et que vous sollicitez mon témoignage, j’ai pris la décision, après avoir réfléchi, de vous parler.”Raphaëlle Bacqué et Ariane CheminLE MONDE | 13.02.07 | 11h33 • Mis à jour le 13.02.07 | 11h33

This entry was posted in media-com, politique, society. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Please log in using one of these methods to post your comment:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s