Objectif Lune : coup de frein pour la NASA

Sur le papier, le chiffre ferait pâlir d’envie n’importe quel responsable d’organisme dépendant des finances publiques.

En 2008, le budget de la NASA (National Aeronautics and Space Administration) pourrait augmenter de plus de 1 milliard de dollars par rapport à celui dont elle se contentera en 2007. Mais cette hausse proposée, lundi 5 février, par la Maison Blanche n’est qu’un trompe-l’oeil. Elle cache un trou béant dans les comptes de l’agence spatiale américaine, et une crise de confiance tout aussi profonde.

Si le budget 2008 apparaît aussi haut perché à 17,3 milliards de dollars, c’est que celui de cette année n’aurait pas dû tomber si bas, à près de 16,3 milliards. L’an dernier, George W. Bush avait promis 550 millions de plus à l’agence, pour l’aider à mettre en musique la “vision” présidentielle d’un retour des Américains sur la Lune en 2020. Mais ce budget n’a jamais été adopté par le Congrès républicain, tout accaparé par le financement de l’effort de guerre en Irak. Si bien que, mécaniquement, le 1er octobre, c’est le budget de 2006 qui a été reconduit pour l’exercice fiscal 2007.

Les démocrates, qui viennent de prendre le contrôle du Congrès, auraient pu rectifier le tir. La Chambre des représentants vient d’ailleurs de faire un geste pour les autres agences de recherche, pénalisées elles aussi. Elles sont toutes rétablies dans leurs droits… sauf la NASA.

Pour 2007, l’agence spatiale est sommée de se débrouiller, avec une exigence supplémentaire : les parlementaires ont demandé que les économies soient réalisées sur le seul programme des vols habités, celui-là même qui doit permettre de donner une descendance aux missions Apollo, pour un coût total de 104 milliards de dollars en douze ans.

“En se montrant peu conciliants, les démocrates ne cherchent pas à remettre en cause le principe d’un retour sur notre satellite naturel, qui est acquis dans le pays, décrypte Jean-Jacques Tortora, représentant du Centre national d’études spatiales (CNES) à Washington. Ils veulent faire passer un message : le voyage vers la Lune n’est pas si urgent pour qu’il faille tout lui sacrifier.”

La NASA a conçu son programme selon la philosophie “on avance tant que vous payez” (“Go as you pay”). Dans un cadre très peu extensible, si l’argent manque, il faudra étaler les dépenses et retarder le calendrier de la reconquête lunaire. Le nouveau vaisseau habité, Orion, sera donc achevé plus tard : 2014 ? 2016 ? Entre la retraite des navettes spatiales, effective en 2010, et le lancement du nouveau transporteur, le délai durant lequel les Etats-Unis n’auront plus d’accès indépendant à l’espace s’allongera d’autant.

Fervent partisan des vols habités comme symbole de la supériorité américaine, Michael Griffin, actuel patron de la NASA, risque de détester cette période d’impuissance. Pour ne pas l’envisager, il préférait espérer à haute voix, lundi, lors de sa présentation du nouveau budget, que les sénateurs reviendrait dans les jours qui viennent sur la décision des représentants. Sa moue indiquait qu’il n’y croyait guère et qu’il se savait désormais condamné à aller négocier chaque enveloppe avec les nouveaux maîtres des subventions.

M. Griffin semble coincé dans une stratégie perdant-perdant. Le budget 2007 risque de lui faire prendre du retard sur la feuille de route fixée par le président Bush, et de lui valoir les critiques des tenants d’une exploration humaine du système solaire. Mais le budget 2008 ne lui rendra pas le soutien de ceux qui s’estiment lésés, depuis le début, par la priorité accordée à la Lune.

Aux premiers rangs de ceux-ci figurent les scientifiques. Choyés pendant des années, habitués à de substantielles hausses de leurs financements, ils ont mal vécu les sacrifices qui leur ont été imposés depuis trois ans, pour un objectif qui les laisse froids.

Nombre de missions, présentées jusque-là comme cruciales, ont été reportées ou annulées. Même Mars, destination fétiche des dernières années, a vu le nombre de ses projets d’expédition décliner.

L’observation de la Terre, qui incombe en grande partie à la NASA, a elle aussi été négligée. Dans un rapport récent, l’Académie des sciences s’inquiète du fléchissement des investissements (500 millions de dollars de baisse en cinq ans) qui risquent de pénaliser un secteur désormais cher au grand public. Cela tombe mal : nombre d’engins en orbite sont vieillissants et nécessiteraient un remplacement.

Si des efforts ne sont pas consentis, prévient le texte, le nombre de satellites américains dédiés à l’étude du climat terrestre passera de 29 aujourd’hui à 7 en 2017.

L’agence ne pourra plus reporter les économies sur d’autres disciplines déjà sacrifiées. L’exobiologie, par exemple, a vu ses subsides amputés de moitié : M. Griffin n’a jamais cru en cette science qui veut comprendre les conditions de l’apparition de la vie loin de la Terre.

Entre le patron de la NASA et les chercheurs, le dialogue n’a cessé de se compliquer. Les propos peu amènes du premier (“La communauté se fiche de faire voler des missions, elle veut de l’argent pour les universités”, déclarait-il à Science il y a un an) se sont heurtés aux pétitions des seconds.

Le contentieux a fini par voiler aux yeux de tous l’avance encore confortable dont jouissent les Américains. Roger-Maurice Bonnet, président du Comité mondial pour la recherche spatiale (Cospar) le rappelait récemment au mensuel Ciel et espace : “Le seul budget martien de la NASA, c’est autant que tout le budget de la science à l’Agence spatiale européenne.”

Jérôme Fenoglio
Article paru dans l’édition du 07.02.07.

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