Au Brésil, YouTube fermé puis rouvert sous la pression du Réseau

LEMONDE.FR | 11.01.07 | 21h19 • Mis à jour le 12.01.07 | 14h35

L’affaire n’est pas banale, mais risque de se reproduire régulièrement : l’ex-femme de Ronaldo, mannequin et animatrice télé de son état, dont les ébats amoureux étaient disponibles sur le site de partage vidéo YouTube, a demandé et obtenu son interdiction de diffusion. Mais la pression populaire a eu raison de la fermeture de YouTube au Brésil imposée par la justice.

Elle est en tête des vidéos les plus consultées sur le Réseau : la top-model Daniella Cicarelli et son ami, le banquier brésilien Renato Malzoni, se livrant l’un à l’autre sur une plage espagnole près de Cadix le 18 septembre 2006. A tel point qu’elle est devenue un phénomène. Des parodies en tout genre mettant en scène gorilles, étudiants potaches et autres insectes volants côtoient désormais l’original ou des copies militantes sur la plupart des sites de partage vidéo, notamment sur Dailymotion en France.
UN CAS SIMILAIRE EN FRANCE EN 1998

Le fait n’est pas nouveau : on se souvient du cas “Estelle contre Altern” en 1998. Valentin Lacambre, propriétaire de l’hébergeur alternatif et gratuit Altern.org, en avait alors fait les frais. Le mannequin Estelle Lefébure avait en effet déposé plainte contre l’hébergeur afin de faire interdire la diffusion de photos dénudées de la belle sur un site personnel anonyme hébergé par Altern. C’était sans connaître la puissance du Réseau : ces images se retrouvèrent presque immédiatement sur des centaines de pages personnelles hébergées à l’étranger. Un coup d’épée dans l’eau ? pas tout à fait puisque la vraie question sur la responsabilité du fournisseur d’hébergement et celle des auteurs de pages, images, textes ou vidéos sur le Net était posée.

Mais toujours pas résolue pour les hébergeurs qui oscillent entre police et laxisme. Une première plainte du couple, fin septembre 2006, exigeait le retrait immédiat de la vidéo, ainsi que 116 000 dollars (89 000 euros) de dommages et intérêts par jour de présence sur le site. La filiale de Google s’est aussitôt exécutée, mais, comme on s’y attendait, la vidéo est réapparue presque immédiatement sur le site sous un autre titre puis chez d’autres hébergeurs de vidéos. Le tribunal de Sao Paulo a donc décidé le 4 janvier – une première mondiale – de faire fermer les accès à YouTube depuis le Brésil. Mais mettre en pratique une telle demande n’est pas simple à réaliser : il est en effet impossible de bloquer une vidéo en particulier. Les deux plus gros fournisseurs d’accès du pays (Brasil Telecom et Telefonica) ont donc supprimé de leurs bases les accès vers YouTube, créant d’énormes perturbations du Réseau.

TOLLÉ ET AFFLUX DE MAILS

Cette décision a provoqué un tollé au Brésil, et plus de 20 000 mails de protestation ont afflué en quelques heures chez MTV Brésil, la chaîne qui emploie le mannequin. Reporters sans frontières s’est également émue de cette décision : “Nous comprenons mal comment un seul film, dont l’interdiction ne semblait pas relever d’une urgence absolue, a pu justifier la fermeture d’un site utilisé quotidiennement par des dizaines de milliers d’internautes brésiliens”. L’animatrice, considérant l’ampleur du phénomène, s’est alors défendue à la télévision brésilienne, déclarant n’avoir “rien à voir avec cette décision”. Entre-temps, la cour de justice brésilienne s’est ravisée et a autorisé les fournisseurs d’accès à ne plus bloquer le site YouTube. La plate-forme de partage, invention de l’année 2006 selon Time Magazine, devrait rapidement inventer un système de contrôle des vidéos soumises au droit d’auteur pour éviter un nouveau grand carnaval sur le Réseau.

Olivier Dumons

This entry was posted in media-com, society. Bookmark the permalink.