L’Europe spatiale songe à étoffer son programme lunaire

LE MONDE | 11.01.07 | 14h35 • Mis à jour le 11.01.07 | 14h35
LONDRES ENVOYÉ SPÉCIAL

L’Europe n’entend pas se laisser brusquer par le plan américain de retour sur la Lune. L’Agence spatiale européenne (ESA) a organisé, lundi 8 et mardi 9 janvier à Edimbourg (Royaume-Uni), le premier des ateliers de réflexion qui doivent contribuer à la définition de sa nouvelle stratégie d’exploration du système solaire. La décision ne sera prise par les ministres des dix-sept membres de l’organisme qu’à la fin de 2008, soit plus de quatre années après la promesse de George W. Bush d’envoyer des astronautes fouler à nouveau notre satellite naturel.
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L’Inde fait des essais en vue d’un vol habité dans l’espace
L’Inde a réussi, mercredi 10 janvier, à lancer une fusée transportant une capsule qui devra être récupérée sur Terre d’ici un mois, dans le cadre de la préparation d’un vol spatial habité, a indiqué l’agence indienne de recherche spatiale (ISRO).

La fusée de 44 mètres, le Polar Satellite Launch Vehicle, a été lancée depuis Sriharikota, dans l’Etat de l’Andhra Pradesh, et a placé en orbite quatre satellites, une première pour l’industrie spatiale indienne. Il s’agit de la capsule, d’un satellite d’observation géographique et météorologique et de deux autres satellites, l’un indonésien, l’autre argentin.

L’ISRO a déjà annoncé vouloir envoyer d’ici 2009 une sonde inhabitée vers la Lune, puis d’ici 2013 une mission similaire vers Mars, avant de tenter d’envoyer un homme dans l’espace.
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Depuis, la NASA a avancé rapidement pour rendre cet engagement irréversible. L’agence américaine a présenté, en décembre 2006, les détails d’un plan qui doit conduire à l’établissement d’une base habitée en permanence sur la Lune à partir de 2024. Pour l’heure, seule la construction d’un système de transport est financée par les Etats-Unis, à hauteur de 104 milliards de dollars. Pour parvenir à couvrir les autres dépenses de cette colonisation, la NASA a fait appel à une vaste coopération internationale.

L’ESA doit maintenant décider si elle répond à cette invitation, et à quelles conditions, sans perdre de vue que les puissances spatiales émergentes, telles la Chine ou l’Inde, fourbissent leurs propres projets lunaires. En s’approchant prudemment de la Lune, l’Europe espère éviter le piège dans lequel elle s’est retrouvée coincée, en orbite terrestre, avec la station spatiale internationale (ISS). Pendant des années, ses lourds investissements se sont retrouvés suspendus au bon vouloir de la NASA, et surtout à la fragilité d’un moyen de transport unique, la navette spatiale.

Désormais, le maître mot est “autonomie”. “Chaque agence doit pouvoir participer au projet commun sans dépendre des autres, sans perdre la maîtrise de sa propre stratégie”, a indiqué Manuel Valls, responsable de la programmation à l’ESA, en rendant compte des travaux d’Edimbourg, mercredi 10 janvier, à Londres.

En Ecosse, 170 représentants des sphères scientifiques ou industrielles et du grand public ont essayé de concevoir les formes que pourrait prendre cette autonomie, tout en définissant leurs priorités pour les cinquante prochaines années. Ils ont réinterprété les scénarios actuels d’exploration à la lumière des évolutions récentes. En sciences, ce programme à long terme, centré sur la recherche des conditions d’apparition de la vie dans le système solaire, s’appelle Aurora. Il comprend principalement des projets de mission vers Mars, où l’Europe a su s’imposer au côté des Américains, depuis trois ans, grâce aux résultats de la sonde Mars Express.

Les scientifiques présents à Edimbourg ont insisté pour que cette priorité donnée à l’exploration de la Planète rouge ne soit pas remise en cause. Après le lancement du robot Exomars, première mission estampillée Aurora, en 2013, l’objectif demeure de mettre sur pied une expédition automatique qui permettrait de ramener des échantillons de matière sur Terre, vers 2020. Un retour d’échantillons de la surface d’un astéroïde proche de la Terre a également été préconisé.

Le programme s’enrichirait évidemment d’un chapitre beaucoup plus étoffé sur la Lune. “Sa géologie a si peu évolué qu’elle doit être considérée comme un musée, a expliqué le planétologue John Zarnecki, animateur de la commission scientifique. Les astronomes pourraient y rechercher les traces des premiers âges du système solaire, voire des fossiles éjectés de la Terre des origines.”

Des antennes de radio-astronomie pourraient également y être déployées, pour étudier des fréquences inaudibles de la Terre. S’agissant de ces programmes, les industriels participants ont insisté pour qu’on ne fasse pas de différence entre missions robotisées et humaines, les unes ouvrant naturellement la voie aux autres.

Au Royaume-Uni, si réticent envers les vols habités qu’il n’a jamais participé à aucun programme de ce type, cette recommandation fait figure de réforme majeure. Fidèle à sa tradition, le secteur spatial britannique a d’ailleurs proposé, à Edimbourg, deux projets robotisés d’étude de la Lune, à l’horizon 2010, fondés sur le savoir-faire local en matière de mini-satellites. Le plus audacieux des deux ficherait dans le sol quatre pénétrateurs permettant d’analyser la sismologie et la composition des profondeurs lunaires. Ces missions permettraient d’atténuer l’échec de Beagle 2, l’atterrisseur porté par Mars Express, perdu avant même de s’être posé sur la Planète rouge, en 2003, et coûteraient si peu cher que le pays pourrait presque les financer seul, selon ce qu’ont fait valoir, mardi 9 janvier, des responsables du programme.

Des médias en ont immédiatement conclu que le Royaume-Uni allait se lancer en solo dans l’exploration. Ce qui a obligé les représentants de la recherche spatiale, mercredi, à affirmer que cette hypothèse était la moins probable, et que, loin de constituer une mauvaise manière à l’Europe, ces idées étaient ouvertes à tous les partenariats. Les dirigeants de l’ESA n’ont pas besoin d’aller jusque sur la Lune pour savoir que la coopération entre voisins est un combat.

Jérôme Fenoglio
Article paru dans l’édition du 12.01.07.

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