Le tir de Corot, succès national et première mondiale pour une mission à budget serré

LE MONDE | 28.12.06 | 16h30 • Mis à jour le 28.12.06 | 16h30

Quête de portée universelle, la recherche de planètes lointaines autour d’étoiles autres que notre Soleil tolérera ce moment de fierté de dimension nationale. L’impeccable placement en orbite du satellite Corot, mercredi 27 décembre, représente une excellente nouvelle à la fois pour l’astronomie et pour le secteur spatial français.

Le premier chasseur d’exoplanètes, et aussi sondeur d’étoiles, jamais envoyé dans l’espace s’est certes envolé de la base de Baïkonour, au Kazakhstan, à bord d’une fusée russe Soyouz. Mais ce 1 716e tir réussi du lanceur mythique, désormais quinquagénaire, est aussi le seizième succès d’affilée pour la société franco-russe Starsem, créée avec Arianespace, et surtout le premier de la nouvelle version 2.1.B du Soyouz, celle-là même qui sera lancée du centre spatial de Guyane, à Kourou, à partir de 2009.

Ces derniers mois, la modernisation de la fusée, convertie à un système de navigation numérique beaucoup plus sophistiqué que ses commandes à l’ancienne, avait causé beaucoup de déboires à Starsem. Le lancement du satellite européen MetOp, à bord de la version 2.1.A, avait subi un retard inhabituel de plus d’un trimestre, ce qui avait décalé d’autant le tir de Corot.

Mercredi, Soyouz a toutefois renoué avec la ponctualité qui faisait sa réputation. A 15 h 23, heure de Paris, dans la nuit du Kazakhstan, la fusée a crevé les nappes de brouillard glacé qui séparaient Corot des étoiles qu’il doit étudier. Le moteur du troisième étage, nouveauté de cette version, a parfaitement contribué à l’ascension, qui a conduit le satellite sur son orbite idéale, passant par les pôles, à plus de 800 km d’altitude.

Pour son coup d’essai, le premier des Soyouz 2.1.B a ainsi placé Corot, construit par Alcatel Alenia Space, dans les meilleures conditions pour accomplir sa tâche de pionnier mondial de la chasse aux exoplanètes de taille à peine supérieure à celle de la Terre. Il a aussi offert au Centre national d’études spatiales (CNES) la satisfaction de voir voler le tout premier engin dédié à l’astrophysique dont l’agence française ait eu la pleine maîtrise.

Ce motif de fierté doit toutefois être tempéré par les multiples difficultés qu’a rencontrées l’organisme pour financer son projet depuis sa conception, en 1993. Pensé dès son origine comme une petite mission à coûts réduits, Corot (Convection, rotation et transits planétaires) a failli périr deux fois des restrictions imposées à la science spatiale française. Il ne doit sa survie qu’à la popularité de la cause des exoplanètes (ajoutées au cahier des charges en 1995), à la mobilisation de la communauté des chercheurs et à l’ouverture à la coopération internationale. L’Agence spatiale européenne (ESA) a ainsi apporté un soutien vital, prolongé par d’autres agences continentales.

Au final, la France supporte encore près des trois quarts d’un budget de 170 millions d’euros, à comparer avec les 500 millions de dollars que les Américains consacrent à leur sonde exclusivement dédiée à la chasse aux exoplanètes, Kepler, qui ne s’envolera pas avant la fin 2008.

L’histoire de Corot met en lumière aussi bien les compétences françaises dans la conception de projets scientifiques dédiés à l’espace que la fragilité de leur financement. Ce sont ces contraintes qui ont ainsi conduit à prendre le risque d’essuyer les plâtres d’un nouveau Soyouz. Le rabais consenti par Starsem sur ce vol de qualification a permis une économie d’environ 30 millions d’euros par rapport à un lancement sur un engin éprouvé. La société franco-russe sera récompensée de son audace par la publicité que lui vaudra cette participation à une première mondiale à haute visibilité médiatique.

Au Centre spatial de Toulouse aussi bien qu’à l’Observatoire de Paris, où ils commentaient en direct ce lancement un peu plus tendu qu’à l’habitude, astronomes et ingénieurs de la mission ont pu pousser des soupirs de soulagement. Ils doivent maintenant démontrer que les autres paris techniques, eux aussi dictés par les proportions modestes du projet, ne nuiront pas à sa réussite scientifique. Parmi ces contraintes, l’orbite basse terrestre que décrit Corot sera compliquée à gérer.

Au cours des prochains jours, l’influence de notre planète sur le fonctionnement du satellite sera évaluée, sans que le couvercle qui protège le télescope soit retiré. Vers le 20 janvier, l’instrument recevra sa première lumière. Il faudra alors voir si son dispositif de pointage vers le champ d’étoiles visé lui assure l’extrême stabilité requise, malgré le déplacement incessant du satellite.

Une fois toutes les perturbations prises en compte, Corot se lancera, en mars, dans sa première phase d’observation brève, avant une phase longue de cent cinquante jours, à partir de la mi-avril. Les premiers résultats sont espérés pour la fin 2007.

Jérôme Fenoglio
Article paru dans l’édition du 29.12.06.

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