L’Europe prépare son ravitailleur à son premier rendez-vous spatial

LE MONDE | 13.11.06 | 15h36
VAL-DE-REUIL (EURE) ENVOYÉ SPÉCIAL

Depuis la toute première du genre, en 1965, la rencontre en orbite de deux engins de fabrication humaine a pris l’appellation romantique de “rendez-vous”. Américains, Russes et même Japonais se sont initiés à l’art délicat de ces jonctions célestes. L’Europe, à son tour, vit depuis plusieurs mois dans la préparation de son premier rendez-vous spatial.

A l’été 2007, si tout va bien, le Jules-Verne, premier exemplaire du véhicule de transfert automatique (ATV), quittera Kourou à bord de la plus puissante des fusées Ariane, à destination de la Station spatiale internationale (ISS). Une fois arrimé, ce ravitailleur sans homme à bord livrera sa cargaison de 9 tonnes de vivres, de matériels, de carburant et d’oxygène. Puis le cargo servira de remorqueur, pour rehausser l’altitude de l’ISS. Au bout de six mois, enfin, l’ATV deviendra navire-poubelle, et ira brûler, avec les rebuts de la station, dans les couches denses de l’atmosphère.

Résumée ainsi, l’entreprise peut paraître simple. Quelques chiffres en disent toutefois la complexité : lourd de 20,7 tonnes, grand comme un bus à impériale londonien, l’ATV doit rattraper l’ISS, qui tourne à 28 000 km/h à 400 kilomètres d’altitude, et s’en approcher en douceur pour s’y accrocher avec une précision inférieure au centimètre.

Surtout, le vaisseau de l’Agence spatiale européenne (ESA) doit – ce sera une première – remplir cette mission en complète autonomie. “Les Américains ont procédé à tous leurs arrimages en mode manuel”, dit l’astronaute Jean-François Clervoy, conseiller de l’ESA sur ce projet.

Le cargo russe Progress, qui ravitaille l’ISS avec des charges trois fois moindres, peut s’y amarrer automatiquement, mais il a besoin d’une collaboration active de l’équipage de la station, qui peut en prendre les commandes.

A peine intimidée par son inexpérience, “l’ESA doit prendre, avec l’ATV, une longueur d’avance dans la technique du rendez-vous”, assure M. Clervoy. Cette ambition ne contribue pas à simplifier le programme : “Nous cumulons la difficulté du rendez-vous autonome avec les exigences de sécurité des vols habités, puisque l’ATV va s’arrimer à l’ISS”, résume Nicolas Chamussy, chef du projet chez EADS-Astrium, qui a développé l’engin.

CAHIER DES CHARGES DRACONIEN

Pour se conformer à un cahier des charges draconien, le constructeur mène d’innombrables essais, qui ont déjà retardé d’un an le lancement du Jules-Verne. Des tests cruciaux se sont achevés, vendredi 10 novembre, au bassin d’essais des carènes de la Direction générale de l’armement, à Val-de-Reuil, près de Rouen.

Là, sous un bâtiment abritant un bassin de 600 mètres de long, une réplique du module russe de l’ISS auquel l’ATV doit s’arrimer a été placée sur une plate-forme roulante, qui sert d’habitude à remorquer les maquettes de navires de guerre. En se déplaçant lentement au-dessus des eaux, l’engin a reproduit la vitesse relative des 250 derniers mètres – à hauts risques – précédant l’arrimage de l’ATV. Au bout du bassin, les capteurs des systèmes de guidage qui piloteront le Jules-Verne étaient fixés sur un robot qui s’adaptait aux mouvements de la station.

Les essais grandeur nature ont été concluants : les senseurs parviennent, sans aide extérieure, à repérer les moindres oscillations de leur cible. Des rendez-vous à répétition ont été réussis, avant les frissons du tout premier dans l’espace.

Jérôme Fenoglio
Article paru dans l’édition du 14.11.06

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