La sonde européenne Smart-1 percute la Lune

LE MONDE | 01.09.06 | 15h02 • Mis à jour le 03.09.06 | 09h02

Dimanche 3 septembre, la sonde Smart-1, premier représentant de l’Agence spatiale européenne (ESA) autour de la Lune, a connu la même fin que ses prédécesseurs automatisés, soviétiques, américains ou japonais. Elle a connu sa dernière orbite en percutant la surface lunaire.

Le choc programmé a eu lieu comme prévu à 7 h 42, heure de Paris, dans le “lac de l’Excellence”, au sud de la face visible de l’astre. A cette heure-là, cette contrée était située du côté nuit du “terminateur”, la ligne mouvante qui partage cette face entre ombre et lumière.

L’obscurité était toutefois adoucie par un clair de Terre, “50 fois plus intense qu’un clair de Lune sur notre planète”, selon Bernard Foing, responsable scientifique du projet. Les plus grands télescopes du monde, mobilisés pour l’occasion, auront tenté d’en profiter pour voir de la collision un peu plus que l’éclair qu’elle a déclenché immédiatement.

Il aura fallui bien ouvrir l’oeil, car la brutalité du crash a été tout en retenue, conforme au tempérament de cette sonde discrète. Smart-1 est si réservée qu’il a même fallu la retenir pour qu’elle n’aille pas s’écraser dans l’anonymat de la face cachée de la Lune et dans l’indifférence des vacances d’été, le 17 août, comme sa trajectoire l’y destinait dans un premier temps.

Son orbite a été modifiée récemment, avec le peu de carburant qui lui restait, pour la diriger vers un point d’impact plus médiatique. Mais même là, “à 7 200 km/h, Smart-1 sera la sonde qui aura percuté la Lune à la plus petite vitesse”, dit Bernard Foing. “Elle ne devrait creuser qu’un cratère de 3 à 10 mètres de diamètre, comparable à ceux laissés par des météorites. En fait il se peut même qu’elle rebondisse et qu’elle roule sur la surface comme un dé.”

Un dé de l’espace : c’est exactement ce à quoi ressemble ce petit cube d’à peine un mètre de côté et de 360 kg. Comparé à ces mastodontes de plusieurs tonnes que l’homme lance dans le cosmos, Smart-1 a misé sur la miniaturisation, l’économie (son budget n’est que de 100 millions d’euros) et l’élégance de son mode de déplacement. Au lieu d’avaler les 385 000 km de la distance Terre-Lune en ligne droite et en quelques dizaines d’heures, elle a mis seize mois à parcourir son itinéraire tout en rondeurs.

MINIATURISATION À L’EXTRÊME

En fait, après son lancement à bord d’une Ariane-5 en septembre 2003, la sonde s’est peu à peu éloignée de la Terre en décrivant des spirales de plus en plus larges jusqu’à ce qu’elle se laisse capter par la Lune. Son voyage de 100 millions de kilomètres aura été un lent passage de relais entre l’attraction de notre planète et celle de la Lune. Il n’aura nécessité que 60 litres de carburant grâce son moteur innovant.

Smart-1 est en fait née pour cela : tester la pertinence de la propulsion électrique, qui consiste à éjecter à très haute vitesse des particules chargées contenues dans un réservoir de gaz. Econome mais lent, ce mode de déplacement pourrait servir à d’autres sondes de l’ESA qui voudront s’approcher de planètes voisines. De même, la miniaturisation à l’extrême de la charge scientifique, qui est entrée en action en mars 2005, a servi de laboratoire pour des missions futures.

Durant cette phase scientifique, Smart-1, d’abord conçue comme un démonstrateur de techniques audacieuses, n’a pas démérité. Elle a, pour la première fois, démontré la présence de calcium ou de magnésium sur la Lune. Elle a repéré une zone de la surface éclairée en permanence par le Soleil, même en hiver. Elle a permis de mieux connaître les pôles délaissés par les explorations humaines, de cartographier la face cachée.

Le choc ultime de dimanche a signé le post-scriptum de cette carrière scientifique. En creusant un trou de près d’un mètre de profondeur, Smart-1 devait éjecter des matériaux que les télescopes terrestres tenteront d’analyser à distance. “Cela constituera aussi une expérience en laboratoire naturel de ce que représente exactement un impact sur une planète”, dit M. Foing.

Jérôme Fenoglio
Article paru dans l’édition du 02.09.06

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