Télérame sur ‘Gentleman Rapp’

Disparition du journaliste et réalisateur Bernard Rapp, connu pour son dandysme et sa douce ironie.

Au lendemain de sa mort, les plus de 40 ans avouaient une grande tristesse. Ils évoquaient son élègance, son humour so british, son ironie douce, jamais amère. Ils se souvenaient de sa mèche blonde crantée, de ses lunettes demi-lunes, de ce regard légèrement distant – mais jamais sarcastique – qu’il portait sur les êtres et les choses. Les amateurs d’anecdotes se rappelaient aussi ce journal de 20 heures qu’il fut le premier à présenter, un jour, sans cravate, à la stupeur d’une France pas encore totalement « dégiscardisée ». Gentleman Rapp (61 ans) est mort discrétement la semaine dernière d’un mauvais cancer du poumon. Le soir même, la nouvelle a fait l’ouverture du journal de France 2. Pas sûr qu’il aurait aimé cela. Le narcissisme télévisuel n’était pas sa tasse de thé.

Est-ce à Londres où il était correspondant d’Antenne 2 qu’il attrapa ses faux airs de vrai Britannique, lui qui ne revendiquait qu’un arrière-grand-père anglais du côté maternel ? C’est en tous cas là-bas que Pierre Lescure est venu le chercher, en 1983, pour succèder à PPDA au journal d’Antenne 2. En quatre ans d’antenne, il gagna à être connu. Il hérita même d’un sept d’or de meilleur présentateur du journal télévisé. Plus tard, il en gagnera deux autres qui lui serviront de serre-livres. Il lui en aurait fallu beaucoup plus car, des livres, c’est par milliers qu’il en a lu. Après deux ans à accomoder l’actualité à toutes ses sauces avec un art consommé dans son Assiette anglaise, Bernard Rapp accepta de chausser les lunettes de Pivot pour présenter Caractères sur les mannes d’Apostrophes. Une succession douce. Les deux Bernard partageaient la même qualité d’écoute des autres, cette bienveillance naturelle qui leur faisait tendre la main vers un auteur demi-muet uniquement parce qu’il avait mis tous ses mots dans sa plume. Dans les années qui suivront, Bernard Rapp servira autant la cause de la littérature que celle de la télévision en produisant Un siècle d’écrivains, deux cent cinquante-sept portraits qui constituent encore la plus grande collection documentaire produite à la télévision. Son éclectisme et sa culture le conduiront à présenter bien d’autres émissions : Jamais sans mon livre, My télé is rich, Rapptout, Héros vinaigrette, Planète chaude et quelques autres. Autant d’instants de télévision pas toujours aboutis, mais où on avait en horreur le verbe haut et la pensée courte. Sans doute parce que celui qui les présentait n’oubliait pas que le téléspectateur avait un cerveau au dessus des yeux.

Sur le tard, Bernard Rapp se tourna vers le grand écran. « L’Histoire d’un film, c’est le récit d’un miracle, la rencontre admirable d’une équipe et d’une idée », écrira-t-il dans la préface du Dictionnaire mondial des films qu’il avait codirigé (avec Jean-Claude Lamy, chez Larousse). C’est par goût de l’ aventure collective qu’il s’était lancé dans le cinéma, avec énergie, sincérité, et aussi un brin de naïveté. Ses quatre films avaient trouvé leur public – surtout Une affaire de goût, un beau succès au printemps 2000 –, un peu moins la critique, ce qui l’avait blessé. Rapp avait mis la barre assez haut pour un « vieux débutant », ses films jouant volontiers de l’ambigüité, du non-dit (les rapports étranges de Jean-Pierre Lorit et Bernard Giraudeau dans Une affaire de goût), subtilités qui demandent une vraie maîtrise de la mise en scène. Moins ambitieux et plus abouti, Un petit jeu sans conséquence, en 2004, marivaudage cruel adapté d’une pièce des théâtres, montrait son amour des acteurs… Rapp s’est éteint. La télévision, la littérature et le cinéma lui disent merci. Nous aussi.
Aurélien Ferenczi et Olivier Milot

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