France Télévisions attend encore la “révolution Carolis”

LE MONDE | 07.07.06 | 16h49  •  Mis à jour le 07.07.06 | 16h49

Patrick de Carolis a choisi de célébrer dans la discrétion le premier anniversaire de son élection à la présidence de France Télévisions, le 6 juillet 2005. Le passage de cette première année est il est vrai symbolique : n’ayant pris ses fonctions qu’en août 2005, M. de Carolis est surtout attendu pour un premier bilan début septembre 2006, lors de la présentation des grilles de rentrée des chaînes publiques, les premières que lui et son équipe pourront revendiquer pleinement.

Même le gouvernement semble avoir décidé d’attendre septembre pour juger sur pièces le nouveau patron, avant de conclure avec lui le contrat d’objectifs et de moyens (COM) pour les cinq prochaines années, qui devait initialement être signé avant l’été. Les discussions avec la direction des médias (DDM), à Matignon, n’ont vraiment commencé qu’il y a une dizaine de jours, et elles s’annoncent âpres, tant l’équation économique de France Télévisions est complexe.

AUDIENCE EN BERNE

La Coupe du monde de football, qui dope les audiences des chaînes privées, TF1, M6, Eurosport et Canal+, a un peu gâché le premier anniversaire de la nouvelle équipe. En juin 2006, la part d’audience moyenne du service public (France 2, France 3, France 5) est tombée à 37,8 %.

Un an plus tôt, en juin 2005, France Télévisions rassemblait encore 42,2 % des téléspectateurs. France 2 a perdu deux points d’audience en un an, à 18 %, et France 3 est retombée à 13,5 % (contre 14,9 % il y a un an), délogée de la troisième place du marché par M6 (14,7 %).
“Jusqu’au premier jour du Mondial, nous étions le seul groupe dont l’audience était en progression depuis le début de l’année”, se console Patrice Duhamel, le directeur général de France Télévisions, qui espère bien se refaire un peu cet été avec le Tour de France, en exclusivité sur les chaînes publiques, et la programmation estivale riche en inédits cette année (France 2 culminait à 23,1 % en juillet 2005.

PROGRAMMES : TÂTONNEMENTS
Pour la rentrée, le groupe mise sur sa politique d’harmonisation des grilles, visant à éviter la concurrence entre France 2 et France 3, et la “confrontation directe avec les chaînes privées”, en programmant des films face à ceux de TF1 par exemple.

L’harmonisation est déjà visible dans la politique de documentaires, où France 2 et France 3, qui ont vu leurs budgets en la matière augmentés, se sont partagé les genres et les dates. Le budget global consacré au documentaire par le groupe public a été porté à 79 millions d’euros, a rappelé, le 29 juin, le PDG du groupe public, venu tenter de rassurer des documentaristes inquiets, réunis à La Rochelle (Le Monde du 1er juillet).
En matière d’information, France 2 jouera plus que jamais la carte du débat politique, en vue des campagnes électorales à venir. En première ligne : Arlette Chabot, qui a réussi à se mettre à dos une partie de sa rédaction en débauchant Laurent Delahousse à M6, tout en laissant partir à la concurrence privée (M6, Canal+…) une dizaine de journalistes, dont “des jeunes motivés mais mal payés”, déplore un ancien. En fait d’harmonisation entre chaînes, la tension risque de remonter avec le projet de France 3 d’ajouter une nouvelle fiction courte dès 20 heures, en plus du feuilleton “plus belle la vie” à 20 h 20 dont le succès prend des téléspectateurs au journal de 20 heures…
Côté divertissement, Patrick de Carolis l’avait promis, il l’a fait : les animateurs qui n’ont pas voulu se plier à la règle de l’exclusivité sont partis. Moyennant quoi, France Télévisions a troqué ses animateurs “méchants” (Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel) pour des “gentils” (Stéphane Bern, Laurent Ruquier). Même si M. de Carolis promet le maintien “de l’impertinence” à l’antenne. Les tentatives de flirt avec la télé-réalité ont tourné court : “Au bout du monde”, qui devait mettre en scène des candidats dans des tribus primitives, a été abandonnée après le tollé soulevé par ce mélange des genres ; et le “Dancing show” animé par Antony Kavanagh, sorte de Star Academy de la danse, serait déjà sur la sellette, après deux émissions.
Sur France 3, le joker de la rentrée s’appelle Frédéric Taddéi, qui animera une émission culturelle quotidienne en direct dont les contours sont des plus flous. Bref, le service public fera entendre sa différence, avec un trio information-culture-documentaires remusclé, y compris aux heures de grande écoute. Reste à savoir quel impact aura cette vertu affichée sur l’audience et son corollaire, la publicité.

PUBLICITÉ EN HAUSSE
La régie France Télévisions Publicité s’est vue assigner un objectif conquérant pour 2006 par M. de Carolis : accroître son chiffre d’affaires publicitaire de 3,5 % cette année. A mi-parcours, l’objectif est en bonne voie d’être tenu. Selon les relevés effectués par TNS et Yacast, les recettes publicitaires brutes enregistrées par les chaînes publiques sont en assez forte hausse au premier semestre (plus de 10 % pour France 3), ce qui aurait permis à France Télévisions Publicité d’enregistrer une croissance des investissements publicitaires de 8,6 %, selon Yacast, à 582 millions d’euros en chiffres bruts.

Cela ne suffira pas à boucler le budget d’un groupe qui veut bâtir un “bouquet gratuit de chaînes publiques” notamment sur la TNT, avec France 4, France 5 et la future France 24, la nouvelle chaîne d’information continue. Un pari d’autant plus audacieux, à l’heure de la grande fusion des bouquets privés payants TPS et Canal+, dont Thierry Bert, le directeur général financier de France Télévisions, a dénoncé, devant le Conseil de la concurrence, la semaine dernière, les risques d'”intérêts croisés” et de “captation de droits” que ferait courir cet opérateur dominant sur le marché français.
Les besoins d’investissements à venir étant croissants, pour assurer le passage de l’analogique au numérique, le contrat d’objectif et de moyens devra assurer d’autres ressources, notamment publiques, au groupe. Faute de quoi il sera obligé de tailler dans ses dépenses, autant dire dans ses effectifs. Un choix explosif en période préélectorale.
Guy Dutheil, Pascal Galinier et Laurence Girard
Article paru dans l’édition du 08.07.06

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