Serge July, “infiniment triste”, tourne la page de “Libération”

LE MONDE | 30.06.06 | 13h29 • Mis à jour le 30.06.06 | 13h29

Une photo sur toute la hauteur en “une”. “Salut Serge”, titre le numéro de Libération du vendredi 30 juin. En dernière page, une photo de Serge July dans son bureau, qui tourne le dos. PDG et cofondateur du quotidien, Serge July a fait ses adieux, jeudi, à la rédaction du quotidien qu’il a fondé en 1972 avec Jean-Paul Sartre et d’autres. Louis Dreyfus, directeur général, part également, à la demande d’Edouard de Rothschild, premier actionnaire de Libération (38,8 % du capital).

“Le chef d’orchestre que j’ai été vous dit adieu. Le journaliste aussi, infiniment triste de ne plus pouvoir écrire ici”, a lancé M. July, lors du comité de rédaction, jeudi matin, devant une assemblée silencieuse et émue. “J’ai créé Libération en septembre 1972”, rappelle Serge July, évoquant Sartre. “Nous avons accompagné et raconté l’histoire d’un tiers de siècle, nous avons bouleversé la presse quotidienne en France, innovant dans de nombreux domaines.” Sorj Chalandon, un “historique”, raconte sur trois pages, photos à l’appui, l’histoire de Libé.

“Je quitte Libération parce que c’est la dernière chose que je peux faire pour que vivent cette entreprise et cette équipe qui, au fil des années, auront créé et édité l’un des plus beaux quotidiens écrits et visuels du monde”, écrit Serge July, qui assume pleinement son “désaccord de fond sur la recapitalisation avec l’actionnaire”. “Comme souvent depuis plusieurs années, des pertes d’exploitation, plus importantes que prévu, mettent en péril l’entreprise”, indique M. July, rappelant que la prévision de pertes pour l’année est de 7 millions contre 2,5 millions budgétés.

Face à la révolution numérique, “Libération est le plus fragile des quotidiens généralistes de qualité. Le quotidien papier représente 91 % de nos recettes, c’est beaucoup trop”, poursuit M. July.

“AU BOUT DES ÉCONOMIES”

En dépit du récent plan de départ, “nous sommes au bout des économies à Libération. L’urgence, ce sont les investissements. Edouard de Rothschild est en désaccord avec cette vision”. L’actionnaire, qui a investi 20 millions d’euros, exige en effet des économies supplémentaires d’environ 6 millions, dans un contexte de baisse des ventes et des recettes publicitaires.

Lors du conseil d’administration de jeudi, le journaliste Vittorio de Filippis, 47 ans, spécialiste en économie internationale, actuel gérant de la SCPL, est devenu PDG “à titre transitoire”, et Philippe Clerget, ancien directeur de L’Usine nouvelle, est devenu cogérant et directeur général. Un schéma approuvé la veille par 60,5 % du personnel.

Antoine de Gaudemar, directeur de la rédaction, a décidé, “en accord” avec Serge July, “d’accompagner cette période de transition pour défendre les intérêts de la rédaction et du journal”.

Une banque d’affaires a été mandatée pour rechercher des “partenaires afin de recapitaliser le journal”, dit la SCPL. L’éditeur de presse belge Rossel “a eu des contacts”, affirmait, mercredi, le quotidien La Tribune. M. de Rothschild décidera à l’issue de cette période de transition s’il réinvestit ou non dans Libération.

Pascale Santi
Article paru dans l’édition du 01.07.06

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