Mercredi noir pour EADS, plombé en Bourse par les derniers déboires d’Airbus

AFP 14.06.06 | 22h27

La maison mère d’Airbus, EADS, a perdu un quart de sa valeur en Bourse mercredi après le nouveau retard annoncé de l’avion géant A380, un écueil de trop pour le groupe européen, en difficulté sur d’autres projets d’appareils, critiqué par ses clients et lâché en partie par ses actionnaires.
A la Bourse de Paris, EADS, actionnaire d’Airbus à 80%, a clôturé mercredi sur une chute de 26,32% à 18,73 euros.

A l’origine du séisme financier, l’annonce mardi par l’avionneur d’un nouveau retard “de six à sept mois” des livraisons de son avion vedette jusqu’en 2009, à cause de difficultés techniques.

EADS a prévenu que ces ratés de production amputeraient son bénéfice d’exploitation de 500 millions d’euros par an entre 2007 et 2010.

“Je suis terriblement désolé”, s’est excusé le co-président du groupe européen, Noël Forgeard, lors d’une conférence d’analystes. “Tom Enders (son homologue allemand, ndlr) et moi-même sommes déterminés à régler ces problèmes”.

C’est la deuxième fois qu’Airbus retarde le calendrier de livraisons de son avion à double pont, de 555 à 840 sièges, fer de lance dans sa bataille commerciale contre l’américain Boeing.

Le premier A380 sera certes livré cette année, mais le premier client de l’appareil, Singapore Airlines ne recevra pas le deuxième exemplaire promis en 2006.

Les livraisons de l’avion géant seront limitées à neuf en 2007, contre 20 à 25 initialement prévus, puis entre 28 et 30 appareils contre les 35 escomptés en 2008, et les livraisons compteront cinq exemplaires de moins que prévu en 2009.

“Cette annonce endommage fortement la crédibilité du management d’EADS et la réputation d’Airbus”, estime Sasha Tusa, analyste aéronautique chez Goldman Sachs.

Pour Airbus et EADS, l’état de grâce de 2005, avec des commandes record et le premier vol de l’A380, a pris fin.

Les clients du paquebot des airs, vendu jusqu’ici à 159 exemplaires, ont donné de la voix mercredi contre le numéro un mondial de l’aviation commerciale, qui ne peut désormais plus exclure des annulations de commandes.

Singapore Airlines (SIA), Qantas et Emirates vont réclamer des indemnités financières et Malaysia Airlines va “réexaminer” les termes de son contrat.

Pour EADS, ces déboires s’ajoutent aux problèmes de son futur long-courrier A350, boudé par les compagnies au profit du 787 de Boeing. Airbus va profondément modifier son appareil au risque de repousser sa mise en service de deux ans, à 2012.

Singapore Airlines a d’ailleurs tranché mercredi en faveur du constructeur américain, lui passant une méga-commande de 20 B787 pour 4,5 milliards de dollars.

Airbus connait en outre de sérieuses difficultés à vendre son quadrimoteur A340, plus gourmand en carburant que son concurrent, le bimoteur 777 de Boeing.

Cette série noire fait les affaires de Boeing, qui veut reconquérir le rang de numéro un mondial. Sur 2006, l’américain affichait 405 commandes début juin, contre 105 pour Airbus.

Les actionnaires d’Airbus et d’EADS semblent avoir senti le vent tourner avant la tempête. Le britannique BAE Systems a décidé de revendre ses 20% d’Airbus à EADS. Et en avril, les deux actionnaires de référence d’EADS, Lagardère et DaimlerChrysler, ont réduit leur part de 7,5% chacun.

En mars, le co-président d’EADS Noël Forgeard avait pour sa part exercé des options sur ses actions EADS et empoché 2,5 millions d’euros.

De judicieuses intuitions, alors que la valorisation boursière du groupe européen a fondu de six milliards d’euros en quelques heures mercredi.

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