Arnaud Lagardère : “Pas question de faire payer un lampiste” chez Airbus

LE MONDE | 15.06.06 | 11h00 • Mis à jour le 15.06.06 | 11h02

Arnaud Lagardère, vous êtes avec votre homologue allemand Manfred Bischoff, coprésident du conseil d’administration d’EADS. Comment réagissez-vous à la chute du titre après l’annonce du retard du programme de l’A380 ?

L’ampleur de la chute nous a surpris. Ce n’est pas le retard que les investisseurs ont seulement sanctionné, car c’est courant dans un projet d’une telle ampleur sans pour autant être excusable. Ce qu’ils nous ont également signifié, c’est leur manque de confiance dans la capacité d’Airbus de mener à bien des projets très complexes. Nous sommes face à une crise majeure et je me mets à la place des actionnaires et analystes qui ne comprennent pas ce nouveau retard.

Je me dois de les rassurer. Je ne vous cache pas que Manfred et moi avons été très surpris par cette réaction. En tant que co-capitaine du groupe, j’assume mes responsabilités. Nous allons répondre tant sur le plan industriel qu’humain.

Avec DaimlerChrysler, vous avez décidé de vendre avant l’annonce de ces problèmes. N’est ce pas un délit d’initiés, d’autant que vous avez cédé vos titres alors que le cours était au plus haut ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, nous n’avions pas d’information. Je voudrais revenir sur le calendrier des opérations. Notre décision de céder 7,5 % du capital d’EADS, je l’ai prise à la rentrée 2005, car nous trouvions que dans le groupe le poids desmédias était trop faible par rapport à l’aéronautique. Nous en avons discuté avec l’Etat et nos partenaires allemands. Le processus a été assez long car nous devions baisser en parallèle avec DaimlerChrysler. Dans ce genre d’opération nous avions une fenêtre de tir en janvier, nous ne l’avons pas saisi. L’autre opportunité était avril. Nous l’avons saisie. Si nous avions été malhonnêtes, ce n’est pas 7,5 % du capital que nous aurions vendu, mais la totalité. J’ai le choix de passer pour quelqu’un de malhonnête ou d’incompétent, qui ne sait pas ce qui se passe dans ses usines. J’assume cette deuxième version.

Vous n’étiez pas au courant des difficultés ?

Oui, je vous le réaffirme. Le conseil d’EADS a appris ces problèmes très récemment. En mai, nous avions un conseil à Toulouse. Nous avons posé la question au patron d’Airbus Gustav Humbert et à ses équipes sur un retard éventuel du programme. Sa réponse a été : nous n’avons aucune information qui puisse nous permettre de conclure qu’il y aura un décalage de livraisons. Le 1er juin nous avons réuni les analystes financiers, et la même réponse a été faite par les équipes d’EADS. De même le britannique BAE Systems qui est actionnaire d’Airbus et membre du conseil d’administration n’a jamais été informé de ces problèmes industriels.

Vous mettez en cause le patron d’Airbus ?

Non, je ne veux pas surréagir et faire tomber des têtes pour faire plaisir au marché. La question que je pose est de savoir si le patron d’Airbus était au courant de la situation en interne. Il est possible que vu la complexité du processus de fabrication, certaines équipes n’aient pas fait état de retardespérant le combler. C’est comme dans un match de tennis, jusqu’à la balle de match vous espérez vous refaire. Avant de sanctionner qui que ce soit, nous allons faire une plongée en profondeur dans le groupe pour voir d’où viennent les problèmes de fabrication. Nous en avons déjà localisé certains. Il n’est pas question de faire payer un lampiste.

Noël Forgeard, coprésident d’EADS était avant patron d’Airbus, allez-vous lui maintenir votre confiance ?

Je n’ai pas pour habitude de ne pas être solidaire de mes équipes et c’est une discussion que j’aurai avec Manfred Bischoff. Je vous rappelle que nous sommes un groupe franco-allemand. Je voudrais revenir sur le fonctionnement d’EADS nous sommes un groupe franco allemand marié sous le régime de la communauté universelle. Nous partageons ensemble les bons et les mauvais moments. Nous n’allons pas partir dans la tourmente. Nous allons au contraire nous unir et nous serrer les coudes.

Que pensez-vous du fait que des membres du comité exécutif, Noël Forgeard, Jean Paul Gut, François Auque et Jussi Itävuori aient exercé des stock-options en mars ?

C’est à eux de répondre.

Propos recueillis par Dominique Gallois

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