Galileo retardé par des désaccords stratégiques et financiers

LE MONDE | 01.06.06 | 14h55 • Mis à jour le 01.06.06 | 14h55
BRUXELLES BUREAU EUROPÉEN

Les négociations entre l’Union européenne (UE) et le consortium pressenti pour gérer le système de navigation par satellites Galileo sont, selon des sources concordantes, enlisées. Les deux parties espèrent toujours boucler leurs pourparlers d’ici à la fin de l’année, pour ne pas retarder le déploiement des trente satellites de la constellation rivale du GPS américain. Les discussions ont “beaucoup progressé”, selon une communication de la Commission à paraître mercredi 7 juin. Mais, précise le document, “des divergences (…) subsistent principalement pour le partage des risques liés à la conception du système et pour ceux liés aux revenus commerciaux et aux développements du marché”. Vu sa complexité, Galileo ne devrait être opérationnel qu’à partir de 2010, contre 2008 selon les prévisions initiales.
Choisi en décembre 2005 à l’issue de laborieuses tractations, le consortium regroupe les huit principaux acteurs européens de l’espace : l’européen EADS, les français Thales et Alcatel, l’italien Finmeccanica, les espagnols Aena et Hispasat, le britannique Inmarsat, et l’allemand TeleOp. Ces industriels, qui doivent financer les deux tiers de la phase de déploiement (sur un total de 2,5 milliards d’euros), considèrent que la contribution des pouvoirs publics européens n’est pas à la hauteur des promesses. L’UE devait verser 1 milliard d’euros, mais les Vingt-Cinq n’ont accordé que 900 millions d’euros dans le budget européen 2007-2013. Jacques Barrot, commissaire chargé du dossier, cherche à boucler le budget.

Puisque des économies seront peut-être nécessaires, les spéculations vont bon train sur l’envergure de la constellation Galileo. “Aucune discussion n’existe pour réduire le nombre de satellites afin d’économiser de l’argent. Le système doit compter trente satellites”, se défend l’Allemand Rainer Grohe, directeur de la société commune Galileo, qui pilote les négociations, sous contrôle de la Commission européenne et de l’Agence spatiale européenne (ESA). “Ce serait n’importe quoi d’économiser sur quatre satellites, quand nous ambitionnons d’avoir un système de qualité et rentable grâce à la richesse de ses applications”, affirme l’entourage de M. Barrot.

CONTROVERSE RÉCURRENTE

La marge de manoeuvre est réduite. Il n’est plus possible de faire jouer la concurrence, le consortium fédérant les huit industriels européens du secteur. “Il n’existe plus d’alternative”, reconnaît un expert français. Afin d’obtenir les garanties publiques les plus élevées possible, le consortium met en avant les nombreuses incertitudes pesant sur le programme. “Plusieurs applications dépendent encore de décisions politiques à venir ; il est donc normal que les autorités européennes couvrent ces risques”, observe-t-on chez Thales. Parmi les cinq signaux envisagés, le service gouvernemental crypté, réservé aux seuls Etats membres, fait l’objet d’une controverse récurrente. Les Français imaginent de l’utiliser pour des applications militaires européennes ; les Britanniques et les Néerlandais s’y refusent par fidélité envers le GPS américain et l’OTAN. Selon M. Grohe, ” il est compliqué de déterminer les risques, mais ce n’est pas à la puissance publique de payer pour tout”. Et d’ajouter : “C’est aux industriels européens de développer les applications les plus attrayantes.”

Le premier des quatre satellites expérimentaux a été lancé par une fusée Soyouz fin décembre 2005, le deuxième doit suivre à l’automne. Censée boucler les négociations, la société commune Galileo doit en principe passer le relais fin 2006 à une autorité de surveillance, qui sera propriétaire de l’infrastructure.

Philippe Ricard
Article paru dans l’édition du 02.06.06

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