Le film “Da Vinci Code” est déjà en téléchargement illégal sur la Toile, en VF

LE MONDE | 25.05.06 | 13h58 • Mis à jour le 25.05.06 | 21h01

L’ouverture du Festival de Cannes est l’occasion rituelle de lancements en grande pompe de superproductions hollywoodiennes. Cette année, on ne déroge pas à la règle, et l’adaptation du best-seller mondial de Dan Brown, Da Vinci Code, a permis à Audrey Tautou et Jean Reno de fouler les marches du Palais des festivals.

Mais au-delà de la tradition et des paillettes, d’autres affaires se jouent sur la Toile : Da Vinci Code est le film de tous les records (plus de 77 millions de dollars de recette le premier week-end aux Etats-Unis et 224 millions de dollars au box-office mondial, selon la société Exhibitor Relations), et sa sortie en France était attendue comme le Messie. Les “vidéo-pirates” et “vidéo-receleurs” ne l’ont pas ratée. En effet, et malgré un déploiement mondial des copies officielles concentré sur trois jours (Le Monde du 18 mai 2006), le film circulait déjà sous plusieurs formats et sur plusieurs types de réseaux de partage seulement cinq jours après sa projection à Cannes.

Cela n’aurait rien d’exceptionnel en regard des chiffres de la dernière étude 2005 du Centre national de la cinématographie (CNC), puisque 92 % des films seraient disponibles sur Internet avant leur sortie en DVD. Mais le plus souvent, c’est en version originale que l’on peut télécharger ces “blockbusters”, et non en version française comme pour le dernier film de Ron Howard.

En France, Les Choristes de Gérard Jugnot ou plus récemment Les Bronzés 3 de Patrice Leconte ont ainsi circulé en qualité DVD moins d’un mois après leur sortie en salles. Ce cas de piratage est le plus grave et le plus préjudiciable, puisque c’est dans la chaîne de production des longs métrages, notamment lors de la postproduction, comme en témoignent parfois les micros présents à l’image, que les fuites ont lieu. Aux Etats-Unis, une étude conjointe de l’université de Pennsylvanie et d’AT & T réalisée en 2004 a démontré qu’une majorité de films piratés en qualité DVD provient directement des studios d’Hollywood ou même des jurés aux Oscars. En France, la société Thomson met la dernière touche actuellement à un système de tatouage des images destiné aux professionnels baptisé Nexguard, censé dissuader ou du moins enrayer ce type de diffusion.

PLUSIEURS FORMATS SUIVANT LA SOURCE

Mais d’autres formats, souvent de moins bonne qualité, circulent sur le Réseau. Dans sa dernière étude d’octobre 2005 intitulée L’Offre pirate de films sur Internet, le CNC distingue cinq types de fichiers suivant l’origine du piratage.

Dans les bas-fonds du Réseau, se trouvent les “télésynchro” ou “screeners”, copies effectuées directement en salle de cinéma avec une caméra numérique. Le son de ces copies pirates, souvent de meilleure qualité que l’image, peut provenir d’une source différente : de la cabine de projection ou d’une matrice numérique du film. Vient ensuite le VHS promotionnel, qui disparaît peu à peu au profit du DVD promotionnel. Les copies réalisées à partir de ces deux supports sont souvent reconnaissables aux mentions de copyright ou au minutage (“time code”) présent dans certaines images du fichier diffusé sur le Réseau. Et puis il y a le “haut du panier” : on y trouve les “DVDRip”, copies provenant directement de DVD du commerce et les “Téléciné”, fichiers réalisés à partir d’une matrice numérique ou d’une copie argentique. Dans ce dernier cas, il est indispensable de posséder ou d’avoir accès à un équipement professionnel et aux sources argentiques du film. Ces deux derniers types de copies sont évidemment les plus recherchés par les internautes car leur qualité est proche, voire équivalente aux DVD que l’on trouve dans le commerce.

Par ailleurs, les modes de diffusion de toutes ces copies s’adaptent progressivement à la lutte contre la fraude engagée par les majors et les puissantes associations comme la Motion Picture Association of America (MPAA), la Record Industry Association of America (RIAA) ou encore l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA) en France. Le président de la MPAA, Dan Glickman, devait rencontrer cette semaine à Cannes le ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres, pour discuter piratage, et notamment l’alerter sur les faibles sanctions ou amendes infligées par la France à l’encontre des contrevenants.

LEURRES ET NOUVEAUX MOYENS DE DIFFUSION

Les réseaux peer to peer (P2P) classiques (eDonkey2000/eMule, Gnutella/Ares, Kazaa/FastTrack, BitTorrent/Azureus, etc.) sont maintenant systématiquement envahis par des fichiers-leurres, et l’on n’accède plus que rarement à une version regardable des films. Il est de plus en plus fréquent de se retrouver en fin de téléchargement devant un navet porno, un fichier de format inconnu ou, maigre consolation, la bande-annonce du spectacle convoité.

Comme première parade, ces logiciels de P2P se sont progressivement équipés de visionneuses, qui permettent de vérifier, après un laps de temps de chargement assez court, si ce que l’on télécharge correspond bien à ce que l’on cherche. Dans cette trousse à outils pour téléchargeurs indélicats, “Avipreview” est devenu une référence incontournable.

Récemment, une nouvelle race de logiciels de P2P comme WinMX ou Freenet sont apparus. Les premiers balaient plusieurs réseaux, permettant ainsi d’accéder à un plus grand nombre de sources, et sont décentralisés : plutôt que d’aller chercher le lien vers le fichier convoité sur des serveurs dédiés et connus, chaque utilisateur de ces logiciels embarque des fonctions de listage des sources partagées disponibles. Pour Freenet, la grande nouveauté est la cooptation. En effet, pour utiliser ce système d’échange, il faudra montrer patte blanche et être parrainé : c’est la création de réseaux de confiance.

La tendance de ces logiciels qui sont, au regard de la nouvelle loi Dadvsi, devenus illégaux, est donc à la décentralisation et la cooptation. Pourtant, le vrai danger pour les majors est ailleurs, dans les groupes de discussion (“newsgroups”). A l’origine conçus pour débattre librement tous azimuts, certaines hiérarchies de discussions ont été spécialement créées pour l’échange de fichiers. Les films en français ont leur espace, et sur le plus connu et le plus actif (alt.binaries.svcd.french), voilà déjà une semaine qu’est recensé le Da Vinci Code French.

Olivier Dumons (Le Monde.fr)
Article paru dans l’édition du 26.05.06

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