Un nouveau système solaire a été repéré à 40 années-lumière de la Terre

LE MONDE | 18.05.06 | 16h12 • Mis à jour le 18.05.06 | 16h12

Trois d’un coup et pas n’importe lesquelles. En annonçant, dans la revue Nature du 18 mai, la détection d’un 18e système composé de plusieurs planètes en orbite autour d’une étoile semblable à notre Soleil, des astronomes suisses, français et portugais n’ont pas seulement fait tourner plus vite le compteur des exoplanètes, qui affiche désormais plus de 180 découvertes, onze ans après la première. Ils ont ajouté la qualité à la quantité. Dans cette quête du toujours plus petit, qui nous rapprochera un jour des dimensions d’une autre Terre, ces trois nouvelles planètes extrasolaires, dotées de masses proches de celle de Neptune (17 fois celle de la Terre), composent le système lointain dont l’échelle s’écarte le moins du nôtre.

La plus réduite (avec un minimum de 10 masses terrestres) est aussi la plus proche de son étoile puisqu’elle met près de 9 jours à en faire le tour. La deuxième (au moins 12 masses terrestres) accomplit sa révolution en 31 journées, alors qu’il en faut 197 à la troisième, la plus imposante avec au moins 18 masses terrestres. Toutes trois naviguent sur des orbites presque circulaires, autre point commun avec nos parages, à des distances de leur étoile nettement inférieures à celle qui sépare notre planète du Soleil (150 millions de kilomètres).

CALME ET STABILITÉ

Baptisé “Trident de Neptune”, ce système marque une étape importante dans l’observation et l’analyse des caractéristiques des autres mondes. Il montre d’abord les progrès de la méthode des vitesses radiales, qui permet de déduire la présence d’une planète (sans jamais la voir) des infimes fluctuations que sa gravité impose au mouvement de son étoile. La précision du spectrographe Harps, dans l’un des observatoires chiliens de l’Observatoire européen austral (ESO), a permis de distinguer des variations d’à peine 9 km/heure qui ont fini par trahir le troisième membre du Trident. Ils ont pu aussi compter sur la bonne volonté de l’étoile en question, nommée HD 69830. Celle-ci ne se situe qu’à 40 années-lumière de notre planète, ce qui la rend visible à l’oeil nu.

Assez semblable à notre Soleil, elle se distingue par un calme et une stabilité qui permettent d’éviter beaucoup des variations qui parasiteraient les observations et la placent parmi les cibles privilégiées du programme Harps, dirigé par Michel Mayor, de l’université de Genève. Il n’en a pas moins fallu deux années de mesures pour faire apparaître ce nouveau système. Si la première planète a été révélée par les calculs assez rapidement, les deux autres ont demandé des trésors d’ingéniosité mathématique pour dévoiler leur existence. Puis il a fallu vérifier que l’ensemble ne violait pas les lois qui régissent les groupements planétaires.

Le dossier a donc été transmis à des spécialistes de la mécanique céleste, dont la collaboration sera rendue de plus en plus indispensable par la complexité des découvertes. Ils ont “testé” le système d’exoplanètes afin de s’assurer de sa stabilité dans le temps, seule garantie de son existence. Ils ont également pu déterminer les emplacements possibles d’une éventuelle ceinture d’astéroïdes. Son existence autour de HD 69830 est soupçonnée depuis que le satellite américain Spitzer a remarqué un excès de rayonnement infrarouge dans son voisinage.

D’autres planétologues ont également reconstitué la formation possible des planètes du Trident. Partant de points plus éloignés que leur emplacement actuel, celles-ci se seraient rapprochées peu à peu de leur étoile. Ce parcours aurait déterminé la composition des trois astres : le plus proche serait principalement rocheux, le deuxième fait de gaz et de roches. Le troisième, parti de plus loin, aurait pu accumuler de la glace en son coeur, entouré d’une épaisse couche de gaz.

Cette planète apparaît d’autant plus fascinante que sa migration l’aurait aujourd’hui placée dans la “zone d’habitabilité”, ainsi nommée parce que l’eau peut y demeurer sous forme liquide. La massivité de ce corps particulièrement inhospitalier interdit toutefois de rêver qu’une forme de vie telle que nous la connaissons ait pu y apparaître.

Jérôme Fenoglio
Article paru dans l’édition du 19.05.06

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