Un laser analysera en moins de 24 heures les roches sur Mars

LE MONDE | 06.05.06 | 15h35 • Mis à jour le 06.05.06 | 15h35

Tous les soirs, depuis plus d’un an, Sylvestre Maurice reçoit un appel des Etats-Unis. Au bout du fil, les questions impérieuses de ses interlocuteurs rappellent à l’astronome du Centre d’étude spatiale des rayonnements (CESR) de l’Observatoire Midi-Pyrénées de Toulouse qu’on ne plaisante pas avec les délais imposés par la NASA.

L’agence spatiale américaine ne veut surtout pas rater, fin 2009, la fenêtre de lancement vers Mars de son nouveau robot d’exploration, Mars Science Laboratory (MSL). Or l’un des instruments les plus audacieux à prendre place à bord de l’engin est en cours de conception à Toulouse.

L’appareil, appelé ChemCam, a été imaginé pour analyser, à distance, la composition des roches martiennes. Il s’agit d’un laser qui pourra frapper des rochers éloignés de dix mètres. Ce rayon sera focalisé par un télescope qui concentrera l’énergie sur une surface infime de la cible. Résultat : pendant quelques milliardièmes de seconde, la roche va brûler à plus de 10 000 °C. La lumière émise par ce plasma incandescent n’aura plus qu’à être captée par le même télescope, puis transmise à des spectrographes qui en déduiront les principaux composants chimiques du rocher.

Cette rapidité d’analyse permettra à MSL de dresser un véritable panorama géologique des roches qui l’entourent, puis de sélectionner les plus intéressantes pour les soumettre à des examens minéralogiques plus détaillés, grâce à ses autres instruments. Le laser aura aussi l’avantage de volatiliser les poussières de surface susceptibles de fausser les résultats. Enfin, il permettra d’analyser des objets dans des terrains inaccessibles aux six roues du robot. ChemCam portera la lourde responsabilité de corriger le principal défaut des robots Spirit et Opportunity, explorateurs de la surface martienne depuis plus de deux ans : la lenteur.

Malgré le succès inespéré de la mission, leurs pilotes à distance se plaignent souvent du temps que prennent les manoeuvres pour s’approcher des rochers visés, placer les instruments de mesure à leur contact puis analyser leur composition. Grâce à ChemCam, MSL ne mettra qu’une journée à étudier une dizaine de roches, là où les jumeaux mécanisés ont besoin d’un mois entier.

Pour que tout cela fonctionne, le CESR doit miniaturiser les composantes de ChemCam et les adapter à l’espace. Financé par le Centre national d’études spatiales (CNES), l’outil utilise un laser du Commissariat de l’énergie atomique (CEA). “Mais il pèse 40 kilos, alors que nous devons fournir une version qui tienne dans 10 kilos”, dit Sylvestre Maurice. Pour partir sur Mars, le poids comptera autant que la ponctualité.

Jérôme Fenoglio
Article paru dans l’édition du 07.05.06

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