La Chaîne française d’information internationale va recruter 130 journalistes

LE MONDE | 01.12.05 | 16h07 • Mis à jour le 01.12.05 | 16h07

Arès de quatre ans après le souhait de Jacques Chirac de créer “une CNN à la française”, le premier ministre, Dominique de Villepin, a signé, mardi 29 novembre, avec TF1 et France Télévisions, une convention permettant la création de la Chaîne française d’information internationale (CFII).

“L’enjeu, c’est de porter partout dans le monde les valeurs de la France et sa vision du monde. Pour cela, il faut être au premier rang de la bataille mondiale des images”, a déclaré, mercredi, le président de la République, en conseil des ministres. “L’accord qui vient d’être conclu crée une chaîne qui va s’appuyer sur la compétence des deux premiers groupes français dans le domaine de l’information télévisée”, s’est-il félicité, en confirmant que la CFII sera diffusée vers l’Europe — dont la France —, l’Afrique, le Proche et le Moyen-Orient.

La chaîne, qui doit commencer à émettre à la fin de 2006, sera diffusée sur le câble, le satellite et sur Internet 24 heures sur 24 en français et, pendant certaines heures, en anglais, en arabe, puis en espagnol. Elle va recruter à cet effet près de 130 journalistes en 2006, auxquels viendront s’ajouter les moyens humains et matériels mis à sa disposition par TF1, LCI, France 2 et France 3, mais aussi par l’Agence France-Presse (AFP) et par Radio France internationale (RFI).

Pourtant, à peine portée sur les fonts baptismaux, la future chaîne suscite déjà questions et critiques. Mercredi, c’est en l’absence remarquée des deux “actionnaires” de la CFII, France Télévisions et TF1, que Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, a détaillé, lors d’une conférence de presse, “le grand dessein d’intérêt national” que représente la CFII.

“Ses objectifs sont ambitieux, son organisation est réaliste, son financement est assuré et son rôle sera complémentaire de celui rempli par les autres acteurs de l’audiovisuel français”, a affirmé le ministre. Voire.

Le premier sujet d’interrogation est la nature hybride de cette chaîne, constituée en société anonyme à parité entre un groupe public et un groupe privé, mais à laquelle “l’Etat allouera les moyens nécessaires à l’accomplissement de ses missions de service public”, a précisé M. Donnedieu de Vabres. Soit, “à compter de 2007 et jusqu’en 2010”, un budget annuel de 70 millions d’euros.

La société des journalistes de France 2 a d’ores et déjà exprimé la crainte “que l’association et la confusion des deux rédactions de France 2 et TF1 sur une seule et même chaîne provoquent un trouble d’identité chez les téléspectateurs”.

Le député (UDF) François Rochebloine estimait mercredi, dans un communiqué, que cette chaîne “dont le statut et les missions n’auront pas été définis par le Parlement” ne peut, “faute d’une majorité publique au sein du capital de la future société, (…) être considérée comme une entreprise publique”. Sans parler des risques que court cette société de droit privé subventionnée par l’Etat de se voir attaquée auprès de Bruxelles par des chaînes d’information concurrentes.

La gouvernance de la nouvelle chaîne s’annonce aussi compliquée à gérer. Même si les règles en ont été soigneusement consignées dans une convention entre TF1 et France Télévisions, les deux partenaires ne font apparemment pas la même lecture de la “voix prépondérante” que donnera à Patrick de Carolis, le PDG de France Télévisions, son poste de président du conseil de surveillance de la CFII. Pour le groupe public, cette prépondérance ne peut être amendée, par une règle de majorité qualifiée (cinq voix sur six du conseil de surveillance), que pour “des sujets touchant aux intérêts stratégiques et fondamentaux d’un des deux groupes”, dont la liste est précisée dans la convention. Ce sera notamment le cas pour la décision de diffuser la CFII sur la TNT, où LCI va être présente.

Quant au futur président du directoire pressenti, Alain de Pouzilhac, sa marge de manoeuvre apparaît déjà restreinte par la nomination à ses côtés, prévue dans les statuts, de deux directeurs généraux, l’un venu de TF1, l’autre de France Télévisions.

Reste enfin à régler la question du regroupement des forces du service public audiovisuel extérieur, à savoir Radio France internationale (RFI), l’AFP et TV5. Si le président de RFI, Antoine Schwartz, a déjà fait savoir qu’il entendait bien être associé à la nouvelle chaîne, celui de TV5, Jean-Jacques Aillagon, est quasi ouvertement hostile au projet. “La distribution de TV5 n’appartient pas en exclusivité au gouvernement français et je veillerai à conserver nos 6 000 contrats commerciaux qui sont notre trésor de guerre, a-t-il déclaré au Monde mercredi. Je serai très vigilant, et nous vérifierons dans les prochains mois l’authenticité des engagements pris.”

Pascal Galinier et Daniel Psenny
Article paru dans l’édition du 02.12.05

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