Le défi spatial d’un jeune industriel sud-africain

LE MONDE | 25.11.05 | 14h03 • Mis à jour le 25.11.05 | 14h03

C’est un sacré pari que le Sud-Africain de 34 ans Elon Musk et son équipe doivent tenter de réussir, vendredi 25 novembre, sur Omelek, un caillou des îles Marshall perdu au milieu du Pacifique, bien à l’abri des curieux. D’ordinaire, les militaires américains testent là leurs missiles balistiques, dans un relatif secret. Une discrétion dont Elon Musk se passerait bien, lui qui veut, au contraire, largement informer la planète de l’opération qu’il mène : lancer des satellites à moindre coût.
A 22 heures (heure de Paris), si tout se passe bien, le premier exemplaire de la fusée Falcon-1 que ses ingénieurs ont conçue doit s’envoler vers l’espace. Sa mission : mettre sur orbite (400 sur 500 km), une dizaine de minutes plus tard, un petit satellite d’une vingtaine de kilos, FalconSat-2 développé par des étudiants et dédié à l’étude des effets des plasmas sur les systèmes de télécommunications spatiales, notamment les GPS.

La modestie de cette charge embarquée sur la fusée Falcon-1 pourrait prêter à sourire lorsqu’on la compare aux performances des lanceurs américains Atlas et Delta, russes Proton et Soyouz, et européen Ariane-5 ECA, qui emportent entre 4 et 10 tonnes de charge utile à chacun de leur vol. Mais Elon Musk n’a rien d’un hurluberlu. Ce jeune industriel sud-africain installé aux Etats-Unis est un homme d’affaires averti qui a bâti sa fortune avec Internet.

D’abord, en 1995, avec Zip2, petite start-up de software et de services, puis, quatre ans plus tard, avec PayPal, société rapidement devenue le numéro 1 mondial du paiement en ligne. En 1999, il revend Zip2 pour 307 millions de dollars à la Compaq Computer’s Alta Vista Division et, en 2002, il cède PayPal à eBay qui l’acquiert pour 1,5 milliard de dollars.

Bien sûr, Elon Musk n’a pas récupéré la totalité de ces sommes, mais il en a récolté suffisamment pour créer, en 2002 à El Segundo (Californie), la société SpaceX (Space Exploration Technologies), spécialisée dans les services de lancement de satellites (Le Monde du 23 juin 2004). Un secteur d’activité bien loin des start-up d’Internet et autrement difficile à maîtriser en raison des technologies et des investissements qu’il réclame. Les sommes considérables investies depuis des dizaines d’années par les agences spatiales des grandes nations témoignent d’ailleurs de l’ampleur de la tâche.

Ce détail n’a pas arrêté Elon Musk dans son rêve. Il a investi 100 millions de dollars de sa poche dans SpaceX et recruté pour son entreprise des spécialistes de la NASA et de Boeing. Une armée de 160 personnes va ainsi défier les Goliath des services de lancement de satellites et tenter de leur prouver — c’est du moins ce que prétend SpaceX — que l’on peut diviser par trois, voire plus, le prix du kilo en orbite aujourd’hui facturé entre 15 000 et 20 000 dollars.

Comment ? En étant plus réactifs, plus innovants, et surtout libérés des pesanteurs qui minent les bureaux d’études des grands groupes, répond Elon Musk. Mais aussi en ayant recours à des technologies éprouvées. Ainsi, le Falcon-1 est un lanceur à deux étages d’une vingtaine de mètres de haut propulsé par des moteurs qui brûlent un mélange depuis longtemps éprouvé : kérosène-oxygène liquide. Des choix suffisamment conservateurs pour qu’Elon Musk avance un prix de lancement de 6,7 millions de dollars pour la mise en orbite d’une charge utile de 750 kg avec ce premier Falcon.

D’autres fusées, en effet, sont déjà dans ses cartons, qui visent à lancer une charge de 4 tonnes pour 18 millions de dollars avec une version plus puissante, la Falcon-5, et de 9 tonnes avec la Falcon-9 pour un prix de 27 à 35 millions de dollars. Reste à faire, vendredi, la démonstration que la première, Falcon-1, n’est pas un pétard mouillé.

Jean-François Augereau
Article paru dans l’édition du 26.11.05

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