La chaîne d’information internationale pilotée par France Télévisions

LE MONDE | 07.11.05 | 15h43 • Mis à jour le 07.11.05 | 17h02

C’est une semaine décisive qui s’ouvre pour Patrick de Carolis. Mercredi 9 novembre, le nouveau président de France Télévisions présentera ses projets devant les commissions des affaires culturelles et des finances du Sénat. Mais surtout, lundi, l’Assemblée nationale devait commencer l’examen du budget des médias pour 2006. Un budget dépendant directement de Matignon via la direction du développement des médias , et qui intéresse France Télévisions au premier chef. Car c’est à ce budget qu’est rattaché celui de la Chaîne française d’information internationale (CFII).

CHIFFRES
LE BUDGET GLOBAL DU SERVICE PUBLIC DE L’AUDIOVISUEL, en comptant les ressources propres des organismes (publicité…), sera en hausse de 3,1 % en 2006, à 3,5 milliards d’euros. La dotation publique allouée à France Télévisions, d’un montant de 1,83 milliard d’euros, est en progression de 3 %. Le budget d’Arte (204 millions d’euros) progresse de 3,1 %, celui de Radio France (495 millions d’euros) de 2,7 % et celui de RFI (127,9 millions d’euros) de 4 %.

LA REDEVANCE, payée par plus de 19 millions de redevables, à raison de 116 euros par foyer fiscal, est désormais adossée à la taxe d’habitation. Ce qui devrait faire augmenter ses recettes (hypothèse basse : 2,277 milliards d’euros, hypothèse haute à 2,309 milliards). France Télévisions capte à elle seule près de 79 % des recettes générées par la redevance audiovisuelle.

LA CHAÎNE FRANÇAISE D’INFORMATION INTERNATIONALE (CFII) sera dotée d’un budget de 65 millions d’euros.

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Cette “CNN à la française” voulue par Jacques Chirac pour porter la voix de la France dans le monde , M. de Carolis, un proche de l’épouse du chef de l’Etat, en a fait d’emblée l’un de ses chevaux de bataille. Selon nos informations, un arbitrage gouvernemental devrait être rendu dans les prochains jours, peut-être même dès ce lundi 7 novembre. Une réunion des acteurs publics concernés par le projet s’est tenue, dimanche 6 novembre à l’Elysée, en présence du ministre de la culture et de la communication, Renaud Donnedieu de Vabres, et de M. de Carolis.

Celui-ci n’aurait finalement obtenu que partiellement gain de cause sur ses exigences. En septembre, auditionné par l’Assemblée nationale, il avait souhaité que France Télévisions soit “le moteur” de la CFII, proposant au gouvernement “un projet 100 % public” alors que le schéma initial prévoyait une cogestion de la future chaîne avec TF1. “Pour être efficace, pour aller vite, il faut qu’il n’y ait qu’un pilote dans la voiture (…) Faire une société à 50-50 ne me paraît pas (…) répondre à l’efficacité attendue”, disait-il. A TF1, on se bornait à faire savoir que l’on se rangerait aux décisions du gouvernement.

M. de Carolis souhaitait également que la future chaîne soit diffusée en France, de préférence sur la télévision numérique terrestre (TNT). “Ce projet étant financé par les Français, il est logique qu’il soit vu par les Français” , déclarait-il. Une position soutenue par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Pour limiter les coûts de création d’une nouvelle chaîne, M. de Carolis se faisait fort de créer, autour du “pivot” France Télévisions, “un projet qui fédérait l’univers extérieur français à savoir TV5, l’AFP” .

Selon le schéma arrêté dimanche soir, une société anonyme, à conseil de surveillance et directoire, serait bel et bien créée, détenue à égalité par France Télévisions et TF1. Le “rôle moteur” de la holding publique serait cependant garanti par la présidence du conseil de surveillance de la nouvelle société, qui reviendrait de droit à la holding publique, ce qui lui donnerait une voix prépondérante au conseil.

Le président du directoire de la CFII, véritable dirigeant opérationnel de ce type de société, sera, lui, choisi par le conseil de surveillance, et recruté “en dehors de TF1 et de France Télévisions” , explique un proche du dossier. Un schéma auquel TF1 n’avait pas encore donné son aval lundi matin. “Plusieurs schémas circulent, mais rien n’est arrêté” , dit-on au sein de la chaîne privée.

La diffusion en France de la nouvelle chaîne semble en revanche acquise. Mais pour ménager LCI, la chaîne d’information continue de TF1 qui doit prochainement rejoindre la TNT payante, et affronter la concurrence de iTélé (groupe Canal+) et de BFM TV la CFII ne devrait, dans un premier temps, être visible que sur le câble et le satellite. Sa date d’entrée sur la TNT, certes envisagée, n’est pas encore fixée.

Cette accélération du dossier tient probablement, en partie, à l’ultimatum lancé, le 27 octobre, par la commission des finances de l’Assemblée nationale, par la voix de Patrice Martin-Lalande (UMP du Loir-et-Cher), rapporteur spécial du budget des médias. La commission menaçait de proposer un amendement visant à réduire de 10 millions d’euros le budget de 65 millions alloué pour 2006, si le gouvernement n’affirmait pas clairement que celle-ci commencera à émettre le 1er janvier 2006, comme annoncé.

” Il serait dommage d’inscrire des crédits pour ne pas les consommer au moment où nous devons tous faire preuve d’une extrême rigueur dans la gestion des deniers publics” , expliquait M. Martin-Lalande. Le député rappelait qu’en 2004, 30 millions d’euros avaient été votés pour la CFII, dans le collectif budgétaire pour 2005, et que ces crédits n’avaient jamais été consommés.

Pascal Galinier
Article paru dans l’édition du 08.11.05

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