Comment reconnaître un cochon heureux ?

Chien joyeux remue la queue. Chat agressif prépare ses griffes. Lapin apeuré a les oreilles couchées. Au grand jeu du langage corporel des animaux, je voudrais le cochon. Car, avant de finir chez le charcutier sous une infinité de formes plus ou moins appétissantes, le porc a eu sa tranche de vie, sa portion d’émotions. Mais lesquelles ? La plupart des recherches consacrées au bien-être animal se focalisent sur la peur ou l’anxiété. Pourtant, il y a aussi des cochons heureux. Encore faut-il savoir les reconnaître.

Dans une étude publiée le 17 janvier par la revue Physiology and Behavior, une équipe néerlandaise de l’université de Wageningen raconte qu’elle a imaginé une expérience destinée à identifier non seulement les signaux grâce auxquels ce suidé manifeste son ressenti profond, mais aussi si les émotions exprimées se propagent à ses camarades d’enclos.

On sait en effet qu’existent des phénomènes de “contagion émotionnelle” dans les situations de détresse, lorsque, par exemple, les animaux d’élevage sont manipulés ou déplacés sans ménagement et, bien sûr, quand on les mène à l’abattoir. On pense au fameux cri strident du cochon qu’on va saigner, qui vous vrille les oreilles en tire-bouchon. Ces chercheurs ont voulu déterminer s’il existait d’autres indicateurs plus subtils.

Pour ce faire, ils ont fait subir à quelques gorets une variante de la douche écossaise pendant sept jours non consécutifs, à raison de deux séances quotidiennes. Tantôt on les accueillait par deux dans un enclos de plus de 10 m2, avec paille fraîche, bon bain de boue et friandises de choix. Le paradis porcin. Les chercheurs ne donnaient certes pas de la confiture aux cochons mais ils leur cachaient 20 raisins secs enrobés de chocolat, dont ils (les porcs et les scientifiques) semblent raffoler.

Et tantôt, sans même une explication, les gorets étaient mis à l’isolement dans un mitard à barreaux de 3,3 m2 dans lequel un bipède mal aimable entrait ensuite pour les museler. Avant chaque séance leur était diffusé un bref “son et lumière” pour qu’au terme du conditionnement ils soient capables d’anticiper, grâce à ce générique de début, le sort, agréable ou pas, qui leur était réservé.

Pendant tous ces tests, les chercheurs notaient les manifestations de joie et de stress. Dans la première catégorie, on range un comportement très semblable à celui… du chien. Le cochon remue la queue, joue et aboie. C’est une autre chanson quand le porc a peur : il hurle, grogne, laisse échapper quantité d’excréments et d’urine, baisse la queue et les oreilles. Lors de l’étape finale de l’expérience, qui a rassemblé cochons conditionnés et cochons naïfs, les premiers, lors de la diffusion du générique de début, sont parvenus à transmettre leurs émotions aux seconds avant même que ces derniers, qui n’avaient jamais eu droit au paradis garni de raisins chocolatés ou à la prison étroite, n’aient entrevu ce qui les attendait.

Identifier les signaux par lesquels les bêtes expriment leurs sentiments doit permettre d’améliorer, dit l’étude, “le bien-être, la santé et les performances des animaux qui sont gardés en grand nombre dans une seule pièce”. Derrière le mot obscur de “performances”, il faut comprendre la productivité de l’élevage, l’abondante lactation des vaches épanouies ou la bonne qualité de la viande des pourceaux non stressés. Gai cochon fait un bon jambon.

Par Pierre Barthélémy
LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 31.01.2013 à 17h02 • Mis à jour le 02.02.2013 à 19h54
 
About these ads